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Camus, le prince et le philosophe

| 7-12-2009 10:28:30 |

La polémique déclenchée par la proposition de notre Président de transférer les cendres de Camus au Panthéon n'a plus lieu d'être ; mais la chose a eu pour conséquence heureuse de faire sortir du bois quelques uns de nos Intellectuels. Je retiens la lettre ouverte au dit Président par Michel Onfray (philosophe médiatique de son état), intitulée "Monsieur le Président, devenez camusien" et publiée dans Le Monde du 25/11/2009.
Albert Camus ayant été l'une des gloires de ma jeunesse, j'y vois moi-même une excellente occasion de clarifier quelques problèmes de société de la plus brûlante actualité.

Le texte onfrayen débute par les trois premiers vers du Déserteur, lequel n'est cependant pas cité. Ruse de l'auteur pour savoir si notre prince apprécie ladite chanson antimilitariste (écrite par Boris Vian pour Mouloudji en 1954) tout autant que La princesse de Clèves (roman écrit par Mme de Lafayette en 1678) ? Peu importe, le ton est (magistralement) donné... Et l'accent mis sur Camus le boursier de l'école publique est symbolique pour la jeunesse actuelle, de plus en plus précarisée par l'appauvrissement dû à l'ultra-libéralisme, auquel notre Président a entièrement adhéré jusqu'ici – même si, depuis le krak boursier, il fait mine de fulminer contre la spéculation financière.
Onfray rappelle également le courage physique et intellectuel de Camus sous l'Occupation, et précise que « ce ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes... De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme ». Cela lui vaut effectivement une sacrée reconnaissance, vu le démenti cinglant que l'Histoire a infligé aux thuriféraires de l'Est (et du Sud !) – que notre philosophe traite de socialo-césariens, par opposition à Camus le socialo-libertaire.
Cela établi, il est alors aisé à l'auteur de relever en quoi les déclarations plus ou moins impulsives du Président, mais aussi et surtout sa politique permanente, sont contraires à l'esprit camusien !

Laissez-moi cependant jouer à l'avocat du diable. Non pas que le dit diable ne dispose pas des ressources rhétoriques suffisantes pour se défendre tout seul : il n'est que trop doué en la matière, comme vous le savez ! Mais – tradition monarchique oblige – un Président de la République française ne croit pas digne de s'abaisser à répondre à une lettre, vint-elle d'un philosophe archi-connu et fût-elle publiée par le plus coté des journaux nationaux... même si, dans la rue, il utilise un langage de charretier pour répondre aux charretiers (devenus nécessaires depuis que nos princes ont banni les "fous" de leur Cour).

Reprenons donc le fil de ladite lettre :
Onfray épingle avec raison la phrase présidentielle prononcée à la basilique du Latran : « dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ». C'est effectivement une injure à tout le passé éducateur de la République... mais il faut savoir que ce n'est pas Sarkozy qui a demandé la dignité de chanoine ! Ce titre est un héritage de l'Ancien Régime que tous ses prédécesseurs – Mitterand l'agnostique compris – se sont bien gardés de supprimer.Un politicien avisé ne saurait négliger le moindre petit coup de pub calotine : les grenouilles de bénitier ça existe toujours, alors que les bouffe-curés ont pratiquement disparu (en particulier grâce à notre philosophe, qui, par sa dialectique imparable, les a ringardisés !).
[D'ailleurs, quand on regarde dans les coins, on réalise combien notre République contrevient à la laïcité. Et dans des domaines autrement plus importants qu'un titre de chanoine : depuis la rétribution par l'État des curés et pasteurs alsaciens-lorrains jusqu'à la tolérance vis-à-vis du barbare saignement des animaux par les musulmans et les juifs orthodoxes, ce ne sont pas les exemples qui manquent.]
Pour ce qui est de la cérémonie du Latran, on imagine mal notre Président y chanter la Marseillaise... qu'entonnaient volontiers les Républicains italiens du Risorgimento dans leur lutte pour mettre à bas l'absolutisme papal ! Après tout, que l'on sache (1), nos curés à nous n'ont rien à voir avec ceux des États-Unis ou d'Irlande dont les péchés (mignons ?) défraient la chronique.
Quant à l'exhibitionnisme américanomaniaque du prince (qu'Onfray fustige également), ça me paraît un péché vraiment mignon, lui... vue la multitude de nos compatriotes qui vont courir à New-York, arborent la bannière étoilée à tout propos et/ou, à l'exemple de notre philosophe lui-même (qui emploie les mots "jogger" et "tee-shirt", pour coureur et maillot), américanisent leur ex-langue de Molière "ad nauseam"...

Passons à des choses plus sérieuses : nul doute – comme le souligne l'auteur – que Camus « a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains »... Mais je ne suis pas sûr que notre prix Nobel, si éthiquement scrupuleux, eût été aussi catégorique vis-à-vis de ces derniers, car sa jeunesse fut contemporaine de la présidence de Franklin Roosevelt (1933-1945), période où le grand capitalisme "yankee" a été le plus bridé... D'ailleurs, quelqu'un a déjà fait remarquer que les présidents américains ont été, généralement, plus progressistes et ouverts sur le monde que leurs concitoyens – ce qui s'est avéré rare de ce côté-ci de l'Atlantique...
Cependant, rien n'est perdu : americanomania oblige, parions que notre prince jettera le bushisme par dessus les moulins et doublera Obama dans la lutte contre la si tenace fracture sociale de chez nous : ne susurre-t-on pas au Château que le bling-bling fric-fric c'est fini, la Montespan s'étant convertie en Maintenon !

Ensuite, Onfray stigmatise la duplicité d'un Président ayant « reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'État qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, (alors qu'il avait), lors de (ses) discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus (à ce propos)... ». Et si notre philosophe n'avait rien compris : je parie que grâce à Mme de Médicis, sa nouvelle compagne, notre Prince a pris connaissance du chef-d'œuvre de Machiavel (intitulé "Le prince", justement) dans le texte ; et y a certainement trouvé les bons tuyaux propres à gouverner un peuple qui présente nombre d'accointances avec les Florentins d'antan : comme eux, il est certes doué pour les arts et les techniques, mais non moins porté sur les plaisirs de la vie, la frime, le gaspillage, l'inconséquence, la versatilité, l'indiscipline, le révolutionnarisme, etc... Conséquemment, il me semble que les courbettes aux dits tyrans sont plutôt à porter à son actif : il faut bien que quelqu'un se dévoue ; ne s'agit-il pas de leur soutirer pétrole et autres matières premières stratégiques, de leur fourguer armements et autres joujous "high tech" – tout cela dans l'intérêt de la France et des Français (smicards, chômeurs et immigrés (2) compris).
La morale onfrayenne, en l'occurrence, c'est bien beau, mais, de mémoire d'Homme, ça n'a jamais rapporté un kopeck ici-bas – et je n'ose penser que notre philosophe athéiste attende quelque chose du Ciel (mais bon, tout comme le Diable éprouve, dit-on, une prédilection pour les cagots, il serait normal que le Bon Dieu fréquente, lui, les incroyants)...
Quoi qu'il en soit, pourquoi ne pas voir la panthéonisation de Camus par notre prince comme un hommage du vice à la vertu ?

Puis l'auteur revient sur les positions politiques du prix Nobel. Concernant l'Algérie (dont il était issu), Onfray rappelle son appui, au début de la guerre d'indépendance, à Mendès-France « pour donner (à ce pays) sa chance contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste » – c'est-à-dire ni le "statu quo" colonial, ni l'abandon au FLN ; solution dont Sartre s'était fait le chantre... Ce qui explique qu'Onfray place ce dernier dans le camp du "socialisme césarien" par opposition au "socialisme libertaire" de Camus.
Tout cela est censé, mais – à mon avis – mérite un approfondissement, car cet antagonisme qui divisait la gauche intellectuelle de l'époque est toujours d'actualité, même si l'implosion du camp socialiste (ou soi-disant tel) a signé l'extinction de l'idéologie socialo-césarienne... remplacée par le mouvement d'origine américaine dénommé "political correct attitude" – déjà analysé par les Advus dans "Le projet Clipperton".
D'ailleurs c'est Sartre lui-même – parangon de l'intelligentsia progressiste s'il en fût – qui a illustré l'une et l'autre de ces deux attitudes politiques :
– Pour la première, on se rappelle sa définition du marxisme comme "horizon indépassable de l'Humanité", son interjection si peu philosophique « Tout anti-communiste (3) est un chien ! » et, summum de l'aveuglement propre aux clercs (comme dirait Benda) « En URSS, la liberté de critique est totale »... sans parler de son soutien aux tristes hurluberlus que furent nos maoïstes – dont certains, tout chenus et crevards qu'ils soient (pour utiliser un vocabulaire sartresque), continuent impudemment à nous abreuver de leur galimatias pseudo-philosophique, sans même avoir l'honnêteté de faire amende honorable.
– Pour la seconde, on retiendra sa préface à "Les damnés de la Terre" de Frantz Fanon, dans laquelle il assimile tout Européen à un colon... qu'il est donc loisible d'abattre, comme il écrit si froidement. Bien qu'il s'agisse d'une métaphore de mauvais goût (mais Sartre est un multirécidiviste en matière d'insanités rhétoriques (4) : des "salauds" aux "chiens" et aux "colons", il y a une remarquable constance), cela traduit un partage binaire de l'Humanité, qui, dans son simplisme, est indigne d'un philosophe sinon de tout honnête homme.
L'héritage de cette dichotomie "sales dominants" (colons, impérialistes... en un mot : Occidentaux) contre "pauvres dominés" (colonisés, exploités... en un mot : peuples du Sud), explique la vogue du "charity business" et autres "repentances" (qui nous honorent) ; mais également la tolérance pour le fondamentalisme musulman (qui constitue une erreur).
Par contre, les héritiers de Camus – censés n'être inféodés à aucune doctrine autre que la foi en l'humanisme des Lumières – restent sacrément discrets sur ces "conflits civilisationnels" comme on les appelle faussement (5) depuis "Le choc des civilisations" de Samuel Hunington. Sans doute par crainte d'être rejetés vers l'extrême-droite. Pourtant, la chose n'a pas de sens, car l'esprit camusien est universaliste, c'est-à-dire solidaire des laissés pour compte et persécutés de la Terre entière – ce qui est antinomique, par nature, de toute idéologie réactionnaire.

L'épisode tout récent des minarets helvétiques illustre parfaitement la formidable emprise du "politiquement correct" – relayée aussi bien par les médias que par les politiques. En effet, il a suffi que les Suisses votent à 57% leur interdiction (6) pour que la chose soit entièrement mise sur le dos du "populisme" droitier. En fait, cette affaire traduit un ras-le-bol général en Europe contre l'islamisation rampante... Ras-le-bol justifié, même si l'Occident en est, en partie, responsable par sa politique interventionniste au Proche et Moyen Orient.
Cette réaction populaire s'explique : en quelques lustres l'Europe est devenue une terre où les activistes musulmans, forts de leur concentration massique, se croient tout permis. Notre tolérance me fait penser à la naïveté qui avait poussé certains Français à aider le FLN... lesquels ne savaient pas (ou faisaient semblant de ne pas savoir) les méthodes utilisées par le dit FLN pour éliminer ses rivaux (ou simplement ceux qui refusaient de cotiser (7)).
Sachant que le fanatisme colle à l'islam bien plus que la vérole au bas-clergé breton (dixit Julien Doutrerive : cf. "Le projet Clipperton"), il est fort possible qu'en cas de guerre, les "honnêtes travailleurs venus chez nous pour ne pas crever de faim et non pour faire du prosélytisme politico-religieux" se muent – chômage et pétrodollars aidant – en une innombrable cinquième colonne... susceptible de mettre à feu et à sang bien des villes, à l'image du Beyrouth des années 90.

Mon propos n'est pas de vous effrayer, et encore moins de cautionner quelque hostilité que ce soit vis-à-vis du (de la) musulman(e) de la rue. Au contraire, on contrecarrera d'autant mieux l'influence islamiste que l'on pratiquera l'urbanité dont la tradition nationale se prévaut vis-à-vis de tout quidam(e), parût-il(elle) plus Taliban(e) que nature. Il n'est pas non plus de tomber dans le traquenard sarkoziste de la chasse aux immigrés clandestins et autres mesures démagogiques pour faire oublier sa politique "toujours plus pour les riches"... Mais d'essayer d'y voir clair dans la signification des faits contemporains pour avoir quelque chance d'éviter le pire, comme déjà explicité dans mon article concernant l'essai d'Attali intitulé "Une brève histoire de l'avenir".

En tout état de cause, une initiative immédiate s'impose : la relaïcisation de notre République. Pratiquement parlant, voilà les principales mesures que je suggère :
– renégociation avec le Vatican et autres autorités religieuses de tous les accords non conformes à la stricte séparation de l'Église et de l'État. Par exemple le loufoque siège de chanoine du Latran réservé au Président de notre République ainsi que son statut de co-prince d'Andorre – l'autre co-prince étant l'évêque d'Urgel (8) ;
– interdiction du saignement des animaux vivants, scandaleusement toléré pour la boucherie kacher et hallal... Dans la foulée, il faut interdire aussi les corridas sanglantes, qui nous déshonorent ;
– suppression de la rémunération des pasteurs et autres prêtres alsaciens-lorrains sur fonds publics ;
– interdiction de tout subside public aux lieux de culte ou d'enseignement confessionnel, ainsi qu'à toute activité religieuse ;
– interdiction des manifestations ostentatoires contraires à nos valeurs et coutumes ; dont le port du foulard islamique dans les locaux publics (écoles et universités comprises, naturellement) ;
– interdiction de tout traitement de faveur réservé aux adeptes d'une religion particulière (par exemple la suppression du porc dans les cantines scolaires ou la ségrégation sexuelle dans les hôpitaux).

Pour conclure sur l'antinomie paradigmatique Sartre – Camus, j'aimerais soumettre à votre jugement l'analyse sociologique suivante, bien que la chose me paraisse risquée (sur le plan théorique) sinon dangereuse (sur le plan social) – tellement cela a donné lieu à des injustices ignobles sous toutes les dictatures communistes.
Sartre, comme d'ailleurs la plupart des Intellectuels jusqu'à la démocratisation de l'Université – laquelle n'a décollé vraiment qu'après la guerre 1939-1945 – est d'extraction bourgeoise, contrairement à Camus, dont la mère, veuve de la guerre de Quatorze, vivait dans la misère. Le premier a donc vécu enfance et adolescence dans un cocon matériellement surprotégé, alors que le second a dû, dès le plus jeune âge, affronter la lutte pour le pain quotidien. Il paraît donc naturel que ces deux esprits, également géniaux, se différencient par leur "weltanschaaung".
Sartre a l'assurance de celui qui n'a jamais manqué de rien et qui s'imagine donc ne devoir rien à personne, et surtout pas à la bourgeoisie – qu'il exècre, à l'image de tant d'autres jeunes bourgeois de son époque. Cette assurance, il la prouve maintes fois, non seulement en défiant le pouvoir politique, mais aussi en se moquant des dignitaires de la culture (cf. le refus du Nobel)... sinon de ses semblables ("l'enfer, c'est les autres"...). Pas étonnant donc qu'il idéalise le prolétariat au travers du marxisme, idéologie anti-bourgeoise dominante à l'époque...
Camus, à contrario, est beaucoup moins égotiste, car il a eu constamment besoin des autres pour subsister. Il sait donc précisément ce que signifie l'expression "gagner son pain à la sueur de son front" – qui présente par ailleurs quelque accointance avec le mythe de Sisyphe... Il sait aussi que les pauvres sont divers et variés et que de les rassembler en une entité sociologique pure est une absurdité. D'où sans doute sa méfiance pour le dit marxisme.
En conséquence, il n'est pas étonnant que Sartre et nombre d'Intellectuels d'origine "bourgeoise" (les guillemets sont là pour me référer au sens méprisant que les dits Intellectuels donnaient eux-mêmes à ce mot), aient adhéré à une idéologie aussi liberticide que le communisme. Je propose donc d'appeler cela le syndrome de Sartre, car notre génial polygraphe mérite bien cet honneur, ne trouvez-vous pas ?
Cette "trahison des clercs" dont il est un parangon, est en fait relativement courante parmi les Intellectuels, au moins depuis le 18ème siècle. En effet, on voit, en ce temps, les Voltaire et Diderot entretenir les meilleures relations avec les Frédéric de Prusse et Catherine de Russie, simplement parce que ces autocrates font mine de porter intérêt aux idéaux des Lumières !
Pour revenir à nos jours, la participation de tant d'Intellectuels musulmans (y compris parmi ceux d'Occident) à l'islamisme ne résulte-telle pas du même syndrome ? Avec le fanatisme décuplé que véhicule le monothéisme pur et dur depuis l'origine...
NB : On n'insistera jamais assez sur le fait que le christianisme, avec sa trinité (qui rappelle les trinités olympienne et capitoline) et ses innombrables saints (qui rappellent les autres divinités du panthéon hellénistique) fournissait naturellement un terrain plus favorable au surgissement de la modernité que le monothéisme strict des deux autres religions bibliques...

(1) Mais il serait bon que notre hiérarchie catholique le confirme officiellement !
(2) Dont beaucoup ont fui les sus-dits tyrans !
(3) Il s'agissait à l'époque (début des années 60) du communisme entièrement inféodé à l'URSS.
(4) J'utilise ce qualificatif pour distinguer les interjections sartriennes des apostrophes sarkoziennes du genre "Casse-toi pauvre con !", que l'on ne peut évidemment pas mettre sur le même plan.
(5) Je soutiens que seule la civilisation dite "occidentale" est digne de ce nom. Les autres (chinoise, indienne et musulmane) se sont fossilisées depuis longtemps et il n'en subsiste plus que des lambeaux culturels – ou des cauchemars genre islamisme.
(6) Faut-t-il rappeler que les églises sont interdites en Arabie Saoudite et qu'il y a moins d'un siècle, dans l'empire ottoman, les clochers ne devaient pas dépasser en hauteur les mosquées...
(7) C'était évidemment la cotisation ou le cercueil !

(8) Ce qui fait de ladite principauté une relique bien vivante – en tant que paradis fiscal – de la ringarde alliance du trône et de l'autel !

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1 - Chapitres du LPC et personnages principaux des Chroniques
2 - Une brève histoire de l'avenir de Jacques Attali
3 - Le néofraŋsè : pa selmaŋ ûn réalfabétizasioŋ de l'ékritûr !

| 5-07-2009 7:40:31 |

Chapitres du LPC

1 : Et in Berberia nobis
2 : "…dlndm ss mtdjnm…"
3 : Le joker de la walie
4 : Les momies de Tam
5 : L'eau légère, réalité ou canular ?
6 : A la conquête de l'Iharène
7 : Cérémonie incongrue au Tekouyat
8 : Villégiature kabyle
9 : L'ex-Mitidja et le tunnel des trabendistes
10 : Vendetta barbaresca et hallucinations à ex-Maillot
11 : Professeur Majorana, alias Djarimel ?
12 : Opération DEM ou la nuit la plus longue
13 : "Douce France…"
14 : Carl Sagan et la mission CHC
15 : Opération Jèdre
16 : Fantasia au Tanezrouft
17 : Le paradoxe de Fermi
18 : Géopolitique et géophilosophie ribiennes
19 : Plus sur les Cosmons et bref retour aux sources
20 : À nous l'Amérique !
21 : Guet-apens à Port Angeles
22 : À bord du Pancolore
23 : Escapade à Frisco
24 : Opération LibJul ou Voir Acapulco et… s'en tirer !
25 : Le stratagème de Clipperton et le projet du même nom

Les 4 personnages principaux desChroniques passéistes et futuristes

Lucien Advus-Uriarte, narrateur du LPC : né en 1941 dans le Jura au sein d'une famille de réfugiés basques. Etudes professionnelles à Ambérieu (BTS en transmissions). Rencontre Julien Doutrerive en 1959 au Régiment d'Infanterie Alpine (RIA) cantonné à Ménerville (Est-Algérois). Entre autres activités, assure la sécurité du Centre d'Éducation et de Formation Ibn Khaldoun (CÉFIK) où il y entretient la bonne humeur en singeant Djéha-le-simple, l'idiot de village de la fable maghrébine.

Maria Nivea Stuart, rédactrice du LPC : née en 1942 dans les Dolomites, au sein d'une famille de montagnards ladins ayant immigré dans le Jura en 1948. Licence de lettres et de philosophie à Lyon. Épouse le sergent-chef Lucien Advus à son retour d'Algérie.

Julien Doutrerive : né en 1936 dans les Cévennes au sein d'une famille d'origine camisarde. Pupille de la nation. Maîtrise de physique nucléaire à Lyon. Assistant à la faculté d'Alger puis sous-lieutenant au RIA et professeur au CÉFIK. Sera, malgré lui entraîné dans une aventure peu commune qui change sa vie et celle de ses proches... sinon celle de l'Humanité toute entière.

Aziza Ben Amrane : née en 1942 au sein d'une famille kabyle pauvre. Entre à 14 ans au service de la femme du colonel Champbard, commandant le RIA. Suit des études secondaires au CÉFIK. Bachelière en 1960. Après l'indépendance épouse Ahmed Ahmadi, futur wali (préfet).

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Article n° 2 – Une brève histoire de l'avenir de Jacques Attali

| 17-06-2009 9:56:33 |

Avertissement

Il n'est pas dans les usages des écrivains que de laisser leurs personnages s'exprimer en dehors des bouquins dans lesquels ils évoluent.
C'est dommage, et je vous propose une exception : Julien Doutrerive, un des acteurs principaux des
Chroniques passéistes et futuristes, vous commente l'essai de Jacques Attali (article 2) ; puis vous invite à prendre connaissance d'une graphie du français réalphabétisée et modernisée (article 3).
NB 1 : L'article 3 commence peu après le milieu de l'"ascenseur".
NB 2 : Ces articles-ci (et d'autres, relatifs aux thèmes des
Chroniques passéistes et futuristes), sont mis à jour sur mon site http://www.liber-gratis.com.


Article n° 2 : Commentaires à Une brève histoire de l'avenir de Jacques Attali

Cet essai de prospective a été publié par les Éditions Fayard en 2006... M. Attali persiste et signe en présentant lui-même son ouvrage dans un long (80 minutes) documentaire télévisuel produit par P.-H. Salfati et télédiffusé par ARTE le 01/06/09 à 23 heures.
Pour information, la critique qu'en fait F. Ekchajzer sur Télérama est copiée ci-contre (agrandir par un clic droit, puis un clic gauche sur "Afficher l'image").
Si vous avez lu Le Projet Clipperton, vous comprenez pourquoi le bouquin m'intéresse... Et non pas la mise en scène de Salfati, laquelle – selon le jugement de Télérama tout comme le mien –, est propre à ridiculiser injustement l'ouvrage.
Je me propose donc d'analyser ci-après le texte attalien en détail.
Tout le monde connaît le célèbre essayiste et parangon des conseillers des princes qui nous ont gouverné (Mitterrando rex, par exemple) et qui nous gouvernent (Sarkozo rex, par exemple)...
Téméraires sont ceux qui se lancent dans les pronostics concernant l'évolution de l'Humanité, hormis les voyant(e)s et autres mages de toute espèce – dont le but est d'abord de vendre des frissons d'espoir ou de crainte aux gogos.
Ce qui n'est bien sûr pas le cas de notre auteur, par ailleurs écrivain aux références intellectuelles aussi solides que le marbre avec lequel il orna (dit-on) la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement – dont il fut, je crois, le promoteur et le premier président.
Sans exagérer, son époustouflant spectre de dons littéraires et spéculatifs, complémentés par de solides connaissances techno-financières, en fait certainement un des rares contemporains susceptibles de conjecturer notre avenir à moyen terme (2 ou 3 générations) avec quelque crédibilité.
Ce qui ne l'empêche pas – modestie de la chose oblige – de rappeler combien l'Histoire réelle a tendance à évoluer en fonction de la longueur supposée du nez de Cléopâtre !
Un autre but commun nous motive, qu'il exprime mieux que je ne le ferais moi-même : « J'écris ce livre justement pour que l'avenir ne ressemble pas à ce que je crains qu'il soit, et pour aider au déploiement des formidables potentialités aujourd'hui à l'œuvre. »
À part cela, lui est universellement connu et moi universellement ignoré : en partie par la discrétion que m'impose le protocole de confidentialité que j'ai signé avec les Cosmons, en partie par goût personnel...
De toute façon, ce sera à l'Histoire elle-même de nous départager.

Une démarche scientifique dans ses intentions
Sa thèse comporte, en préambule, la profession de foi suivante : « L'Histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l'orienter »... et cette Histoire est mue par « les forces du marché (qui) prennent en main la planète » – lequel marché (s'il est libre) est le système économique le mieux à même de satisfaire le désir de liberté de l'individu... désir qui est, en dernière analyse, et toujours selon Attali, le vrai moteur de l'évolution humaine depuis que l'espèce homo s'est auto-déclarée "sapiens".
Note : Cette auto-promotion est sans doute très ancienne : on peut raisonnablement la corréler avec la maîtrise du feu, qui, aux dernières nouvelles, remonterait à environ un million d'années – bien avant Néandertal donc. Cela dit, les relations mythiques des Hominiens avec la Nature en général et le règne animal en particulier, sont restées très étroites jusques et y compris à l'Antiquité classique – et le sont encore dans l'hindouisme contemporain, par exemple... À ce sujet, s'il faut absolument chercher un bouc émissaire idéologiquement responsable de l'abysse artificiel établi entre notre espèce et le reste de la biosphère – autre que les religions bibliques – le candidat le plus prestigieux est certainement notre brave Descartes avec ses animaux-machines ; par ailleurs reconnu comme le père de la méthodologie scientifique moderne !

Optique marxienne
De l'analyse des phases de développement du capitalisme (dont Attali fait remonter l'origine, avec quelque raison, à l'émergence des communes libres italiennes, c'est-à-dire au 12e siècle), l'auteur en déduit les dites lois ; considérant, dans une optique marxienne, que c'est l'économie qui régit les structures et la dynamique sociales.
Note : Attali est aussi l'auteur d'une biographie remarquée de Marx : (Karl Marx ou l'esprit du monde, Fayard, Paris, 2005). Mais, que je sache, il n'est pas du tout marxiste – tout au moins au sens courant du terme.
La constatation que les similitudes environnementales et les modes de subsistance déterminent des convergences dans les mythes socio-religieux des peuples – fussent-ils complètement isolés les uns des autres – sont très anciennes. Mais il a fallu attendre les Lumières pour que leur dynamique soit laïcisée sous le nom de "progrès"... Puis Hegel (influencé par la Révolution française et admirateur de Napoléon) pour en proposer une explication soit-disant rationnelle, où le moteur de ladite Histoire serait le conflit dialectique du maître et de l'esclave – lequel se résout par l'établissant d'un État universel (de type napoléonien, justement !)... Et encore Marx pour en actualiser le mécanisme – où le couple métaphorique "maître-esclave" est remplacé par le couple réaliste "bourgeois-prolétaire". L'un et l'autre de ces deux philosophes prophétisant ainsi (de façon fort peu philosophique !) la "fin de l'Histoire".
Sachant combien ces échafaudages idéologiques, pris hélas trop au sérieux, ont provoqué de malheurs depuis quelque deux siècles – au moins autant sinon plus qu'un millénaire et demi de christianisme triomphant –, on est en droit de se méfier de toute doctrine de salut, qu'elle se prétende transcendante ou bassement matérielle.
Mais cela n'empêche pas l'esprit curieux de se demander pourquoi le rythme d'évolution des sociétés humaines n'a pas du tout été le même dans l'espace-temps planétaire. En effet, le passage des "cultures" dites paléolithiques à celles appelées néolithiques (prémisse obligée à l'émergence des civilisations) s'est étalé sur des millénaires et certaines de ces cultures primitives (en langage politiquement correct on dit "premières"), totalement isolées au fin fond de l'Amazonie ou de la Nouvelle Guinée, survivaient encore à l'âge de pierre il y a moins d'un siècle.

L'individualisme, moteur de l'accélération civilisationnelle de l'Occident ?
De même, peut-on se demander pourquoi c'est le pays chrétien d'Occident qui a donné naissance à la "civilisation du marché libre" (pour utiliser la terminologie attalienne), et non le pays d'islam, pourtant considéré comme un relais de la culture antique, ayant contribué de façon significative à la "renaissance" européenne, en particulier via l'Espagne musulmane... Pas plus que l'Inde, pourtant elle aussi touchée par l'hellénisme, grâce à Alexandre le Grand. Ni la Chine – dont Marco Polo avait été le témoin ébahi de son avance culturelle et technique relativement à l'Italie du 13e siècle...
Le questionnement est d'autant plus pertinent que ces trois grandes civilisations extra-européennes connaissaient parfaitement ce type de marché – y compris son extension maritime. En effet, elles disposaient de mers (Mer Rouge, Mer d'Oman, Golfe arabo-persique, Golfe du Bengale, Mer de Chine, Mer du Japon) qui, tout comme la Méditerranée, se prêtaient au commerce avec leurs propres techniques de navigation... Rappelons d'ailleurs que sur ce plan les Chinois étaient largement en avance sur les Européens grâce à la boussole.
Visiblement, d'autres facteurs ont joué en faveur de l'Occident. Et en premier lieu sans doute, le relatif respect de l'individu et de ses biens vis-à-vis de l'arbitraire des pouvoirs politico-religieux – respect déjà codifié par le droit romain et raffermi au Bas Moyen-Âge (cf. la Magna Carta britannique de 1214).
Note : À vrai dire, les exigences éthiques individuelles face au pouvoir ("le monstre froid" de Nietzsche) datent des mythes grecs : cf. la protestation d'Antigone envers Créon...
Au final, on est obligé de convenir que c'est tout un faisceau de conditions favorables qui a remis l'Europe occidentale – après un grand millénaire de relative obscurité civilisationnelle –, sur le chemin de la lente, difficile, douloureuse progression de l'Humanité vers davantage d'humanité, justement.
J'ai bien précisé remis, car la corrélation entre l'effondrement de l'hellénisme et le triomphe du christianisme – lequel, en faisant interdire par l'empereur converti tout culte "païen" et fermer toute école non chrétienne, a instauré un véritable régime totalitaire avant la lettre – est une évidence. Ce qui fait que, même si quelques traces de la philosophie antique subsistaient encore à l'abri des monastères médiévaux (ne serait-ce que par les réfutations qu'en avaient faites les pères de l'Église), cela ne me paraît pas suffisant pour justifier la phrase attalienne suivante (p. 58) : « Le christianisme gagne alors un nombre croissant d'adeptes dans l'Empire romain, par la seule force de sa philosophie ». Ici, l'emploi du terme philosophie – qui désigne une discipline par nature antonyme de tout dogme, me paraît être au mieux un malheureux paralogisme : errare humanum est !

Autres inexactitudes du texte attalien
Puisque je viens de relever une erreur, autant répertorier dans la foulée les autres – qui s'avèrent d'ailleurs plus flagrantes :
– P. 49 : Le dieu des Hébreux est défini comme « unique et universel ». Unique : certes ; universel : absolument pas. C'est le christianisme, puis l'islam, qui ont universalisé le dieu de la Bible.
– Même page : « Pour ces trois peuples (Grecs, Phéniciens et Hébreux), la vie humaine passe avant toute chose (...), la pauvreté est une malédiction ; le monde est à domestiquer, à améliorer, à bâtir, en attendant qu'un Sauveur vienne en changer les lois ». Holà ! Cette dernière sentence s'applique sans doute aux Hébreux, mais surtout pas aux Grecs anciens, qui ignoraient la notion même de messianisme.
– P. 52 : « L'idéal judéo-grec se précise : la liberté est une finalité, le respect d'un code moral, une condition de survie ; la richesse est un don du ciel ; la pauvreté une menace. Liberté individuelle et Ordre marchand sont désormais inséparables ; ils progresseront ensemble jusqu'à nos jours ». Faux : la liberté individuelle (d'ailleurs limitée aux citoyens de droit) est une exclusivité gréco-latine, et surtout pas judaïque – ni chrétienne et encore moins islamique, d'ailleurs. Quant à la richesse, elle est plus que suspicieuse chez nombre de philosophes grecs (cf. Socrate, Diogène, Épicure...), ainsi que chez les chrétiens (cf. la parabole du "riche qui a plus de difficulté de franchir la porte du paradis qu'un chameau de passer au travers du chas de l'aiguille").
Il en est de même de la prétendue inséparabilité intrinsèque entre le mercantilisme et les libertés. L'Histoire a constamment infirmé la chose : les sociétés, qu'elles fussent autocratiques, oligarchiques ou démocratiques ont, pour la plupart, toujours recherché le commerce... Le cas de la Chine communiste, politiquement totalitaire mais devenue ultra-libérale du point de vue économique, n'est-il pas suffisamment significatif ?
Bien entendu, cette contre-vérité est régulièrement claironnée par les thuriféraires de l'hypercapitalisme contemporain (le préfixe "hyper" est là pour paraphraser notre auteur, qui en use et en abuse)...
Aujourd'hui, le dit "marché libre" manipule ladite liberté individuelle par des méthodes psycho-sociales les plus sophistiquées – pour le olus grand profit immédiat du capitalisme (fût-il d'État) mondial. Il en résulte surexploitation, pollution, désertification de la planète : Perseverare, diabolicum est !
En conclusion (provisoire), j'ai le regret de constater que l'argumentation d'Attali pour faire du "marché libre" une condition sine qua non des libertés individuelles est entachée d'inexactitudes.
Par contre je suis d'accord avec lui sur le fait que la victoire du capitalisme apparaît quasi totale, puisque son adversaire le plus sérieux, j'ai nommé le communisme, s'est effondré de l'intérieur, sans coup férir... Cependant, cela ne doit pas nous résigner à considérer que la dérive capitalistique actuelle est inévitable. Ce serait admettre, à terme, la ruine de la planète et de l'Humanité avec.

L'Occident malade du "syndrome californien" et du "syndrome de Cioran"
Cela dit, notre essayiste a tout à fait raison d'associer hypermercantilisme et exacerbation de l'égoïsme individualiste. C'est d'ailleurs un phénomène sociologique décrit depuis la fin des années 60, et qui est apparu d'abord en Californie – ce qui lui a valu son appellation : cf. The California Syndrome de Neil Morgan, Comstock Edition, Ballantine Books, New York 1971 (non traduit en français, à ma connaissance) .
Le résultat en est la dépréciation de tout ce qui est collectif : qu'il s'agisse de vie sociale (rejet de l'habitat communautaire pour la villa individuelle avec piscine et tennis...) ou familiale (précarité du mariage donc de la famille, discrédit de la maternité – toutes sujétions considérées comme ringardes...).
La chose s'est ensuite étendue à l'ensemble des pays d'Occident... et de l'Orient, au fur et à mesure de leur enrichissement.
La conséquence est une véritable déréliction psycho-sociale dont les symptômes négatifs sont bien connus : montée en flèche de la violence, de la drogue, des sectes, des psycho-pathologies de toute sorte... et multiplication corrélative des psys et autres gourous de toute espèce ! Il en est résulté une baisse structurelle de la natalité, qui impose le recours à l'immigration tiers-mondiale. Laquelle favorise une ghettoïsation communautariste susceptible de menacer la paix sociale. Pire, l'islamisme – profitant de nos "droits de l'Homme" (fût-il terroriste !) – en a profité pour s'infiltrer dans le dit Occident.
Cela rouvre la question vieille comme la liberté elle-même : faut-il l'accorder à ceux qui la combattent ? Non, bien sûr, et c'est une évidence – sauf pour les "droit-de-l'hommistes".
À vrai dire, le "syndrome de Cioran" a, depuis longtemps déjà, anesthésié nombre d'Occidentaux – Intellectuels compris !
NB : je désigne ainsi le sentiment d'abdication qui assaille le "civilisé" devant le "barbare", tel qu'il a été magistralement analysé par le moraliste roumain dans La chute dans le temps, Éditions Gallimard, Paris, 1964 – particulièrement aux pages 79 à 82.
L'affaire du foulard islamique en est la preuve évidente : c'est au nom des libertés individuelles que nos si peu clairvoyants concitoyens justifient l'islamisation rampante...

Les prémisses de la Relaxation Civilisationnelle Terrestre (RCT)
Voilà bien une des sources principales de cette "Relaxation" ("Régression" serait une traduction moins littérale mais plus significative du terme pancosmon) que l'Institut d'Études Terriennes (IET) a conjecturé pour notre infortunée planète. Cette convergence partielle avec l'analyse d'Attali n'est évidemment pas fortuite. Il suffit de regarder – sans œillères – autour de soi, pour imaginer le futur : entre une population européenne vieillie et une population allogène jeune, chômeuse et désargentée, les conflits sont inévitables.
D'autre part – et parallèlement –, des millions de coreligionnaires des dits allogènes "salivent" aux miroitements d'un Occident médiatisé comme repu. L'attrait de notre niveau de vie est tel sur ces malheureux, que nombre d'entre eux risquent la mort en traversant mers et déserts – même s'ils savent que chez nous il y a des millions de chômeurs... Mais ils savent aussi que, vaille que vaille, on ne laisse ici personne mourir de faim, alors que c'est chose courante chez eux et, la plupart du temps, à cause de l'impéritie sinon de la rapine de leurs propres dirigeants – acoquinés qu'ils sont avec le capitalisme mondial !
Difficile donc de ne pas rapprocher notre présent de la période décadente de l'Empire romain, dont l'avatar contemporain est évidemment l'Empire américain – duquel nous faisons partie intégrante, malgré quelques velléités (pusillanimes) d'indépendance !
En effet, outre ces "néoarbares" internes et externes au limes, notre société actuelle ne présente-t-elle pas des accointances caricaturales avec celle du Bas Empire ? Par la désertification des campagnes et l'accroissement immodéré des villes, où se concentrent justement les dits "néobarbares". Par la déliquescence de la solidarité et de l'urbanité, remplacées par un individualisme exacerbé. Par l'exploitation marchande de tous nos désirs – y compris les plus inutiles et les plus nocifs. Désirs amplifiés par un matraquage publicitaire à la solde (au sens propre du terme) des profiteurs des dits désirs...
À titre d'exemple, citons les loisirs motorisés, gaspilleurs et pollueurs au possible ; les transports routiers, défonceurs de routes et tout aussi polluants ; les transports aériens régionaux, non indispensables et encore plus polluants ; les piscines individuelles et autres terrains de golf gaspilleurs d'eau ; les jeux d'argent et ceux du cirque médiatique et sportif... Sans parler des frais médicaux, qui explosent littéralement – "le droit à la santé" étant devenu le plus sacré des droits, même si (comme c'est le cas notoirement en France) cette surmédication, riche en sédatifs et autres anti-dépresseurs, casse le dynamisme positif des jeunes générations, tout en allongeant la survie légumineuse des vieillards...
De plus, nos "démago-démoocraties" sont incapables de limiter les sommes fabuleuses que nombre de citoyen(ne)s dépensent pour l'alcool, le tabac, les jeux, les gourous et autres guérisseurs ? Cela implique le dirigisme économique, sinon étuique : chose absolument taboue dans notre hypermarché soit-disant libre...
Mais, trêve de bavardage,rappelons qu'en règle générale, ce genre de cercle vicieux se termine en catastrophe. Car il en va des systèmes humains comme des systèmes physiques : une tension qui s'accroît progressivement, au bout d'un temps plus ou moins long, finit toujours par décharger brutalement toute l'énergie potentielle qu'elle a accumulée. C'est d'ailleurs à dessein que les Cosmons ont choisi le terme technique de "relaxation" pour désigner la crise civilisationnelle qui se prépare ici-bas. Et qui risque de s'avérer sans commune mesure par rapport à la crise économique que nous subissons actuellement.

L'hyperempire débouchera-t-il sur l'hyperconflit ?
M. Attali a donc quelque raison d'échafauder un scénario catastrophe : Dans un premier temps, on va, selon lui, vers l'hyperempire planétaire, dans lequel la marchandisation totale et totalitaire démolit toute structure politique et/ou sociale (États et Organisations supra-nationales compris) susceptible de lui résister :
« Devenu la loi unique du monde, le marché formera ce que je nommerai l'hyperempire, insaisissable et planétaire, créateur de richesses marchandes et d'aliénations nouvelles, de fortunes et misères extrêmes ; la nature sera mise en coupe réglée ; tout sera privé, y compris l'armée, la police et la justice. L'être humain sera alors harnaché de prothèses, avant de devenir lui-même un artefact, vendu en série à des consommateurs devenant eux-mêmes artefacts. Puis, l'homme, désormais inutile à ses propres créations, disparaîtra. »
On voit que notre auteur préfère un scénario science-fictionnel à un délabrement plus terre-à-terre de toutes les structures économiques, politiques et culturelles. En effet (nihil novi sub sole : cf. Sodome et Gomorrhe), telle serait la conséquence de la satisfaction égoïste de tous les désirs individuels. Cela ne détruirait pas l'Humanité, mais la déshumaniserait, ce qui est encore pire.
Vous m'objecterez que les Sodomes et Gomorrhes ne datent pas d'aujourd'hui et que, cependant, vaille que vaille, l'Humanité s'en est sortie... Oui certes, mais la perte de repères éthiques (au sens le plus large du terme) se généralise, alors que la majorité de nos compatriotes préfèrent la politique de l'autruche ou l'invocation de Providences qui ont disparu du ciel. Ceux – rares – qui, comme Cioran et Dumont, ont pressenti ces phénomènes, restent pratiquement inconnus des foules... Lesquelles ont besoin d'être, volens nolens, instruites de la réalité et dirigées fermement vers des solutions raisonnables – qui sont en général difficiles à faire passer dans le populo, surtout quand c'est lui seul qui en pâtit !
En l'occurrence, la conclusion d'Attali paraît, à première vue, de pure sagesse : il ne faut pas refuser la mondialisation marchande, car le retour aux barrières douanières et au contrôle des changes serait encore pire... mais la contenir, la contrôler. Si on la refuse – toujours selon lui –, l'Humanité basculera dans l'hyperconflit, qui consiste en « une succession de barbaries régressives et de batailles dévastatrices... ».
Le malheur, à mon humble avis, c'est que les cercles vicieux évoqués ci-dessus ne sont pas prêts d'être jugulés, car ce n'est plus l'audace qui caractérise l'Occident (et pas davantage l'Orient occidentalisé), mais le conformisme ultra-libéral... Et je crains que la fuite en avant de notre ici-bas – caractérisée par la surexploitation de la planète – ne soit déjà devenue incontrôlable.

Thèse, antithèse, synthèse : une argumentation on ne peut plus formellement classique !
Poursuivons néanmoins les conjectures de l'auteur – d'une précision temporelle époustouflante sinon suicidaire (mais Attali étant un mortel, il ne sera alors plus de ce monde pour s'obliger, en cas d'erreur, au hara-kiri !):
« Vers 2060, au plus tôt – à moins que l'Humanité ne disparaisse sous un déluge de bombes –, ni l'Empire américain, ni l'hyperempire, ni l'hyperconflit ne seront tolérables. De nouvelles forces, altruistes et universalistes, déjà à l'œuvre aujourd'hui, prendront le pouvoir mondialement, sous l'empire d'une nécessité écologique, éthique, économique, culturelle et politique. Elles se rebelleront contre les exigences de la surveillance, du narcissisme et des normes. Elles conduiront progressivement à un nouvel équilibre, cette fois planétaire, entre le marché et la démocratie : l'hyperdémocratie. »
Raisonnement on ne peut plus classique : thèse (l'hyperempire), antithèse (l'hyperconflit), synthèse (l'hyperdémocratie). Parfait, M. le professeur. Mais pourquoi cette issue si formellement logique serait-elle crédible ? La réponse à cette question primordiale est donnée deux pages avant la précédente citation : « ... à l'observer sur la très longue durée, l'Histoire s'écoule en effet dans une direction unique, entêtée, très particulière, qu'aucun soubresaut, même prolongé, n'a jusqu'à présent réussi à détourner durablement : de siècle en siècle, l'humanité impose la primauté de la liberté individuelle sur toute autre valeur. »

"La primauté de la liberté individuelle sur toute autre valeur" ou la fin des haricots !
J'acquiesce bien sûr à la notion d'un sens de l'Histoire universelle, déterminé non par une quelconque entité transcendante mais par les lois empiriques de la Nature – essentiellement celles de Darwin. En effet, qui peut contester le fait que, grâce à son cerveau, l'homo sapiens ne puisse prétendre – au moins potentionnellement – à la première place sur le podium de la survie et de la prolifération ?
Cependant, je ne crois pas que la liberté individuelle soit systématiquement la valeur phare du progrès humain. Au contraire, et conformément à l'expérience historique, il apparaît évident que l'individualisme exacerbé joue désormais contre le dit progrès.
M. Attali oublie une règle générale selon laquelle tout principe – apparaisse-t-il à un moment donné de l'Histoire d'une positivité évidente –, poussé à son extrême, fait alors plus de mal que de bien. De même que l'ultra-libéralisme est en train de plonger la planète dans l'une des plus grandes crises économiques des temps contemporains, de même l'hyperindividualité est-elle susceptible de mener l'Occident vers une complète désagrégation de la société occidentale – et de la civilisation dont elle est porteuse.
Pour être remplacée par quoi ? Hé bien par la "civilisations du Tiers-Monde" pardi, dont les tristes sinon sanglants évènements remplissent quotidiennement les écrans de l'actualité ! Notre auteur lui-même évoque cette éventualité, plus loin dans son texte...
Au moins depuis Aristote, on sait que l'Homme est un animal social. Ce qui fait de lui, lorsqu'il est isolé dans la nature, un animal mal adapté à ce rôle – comme maintes tragédies d'"enfants-loups" le démontrent. En fait, le problème est de savoir quel est le meilleur équilibre entre la liberté individuelle – qui est effectivement une valeur inhérente au processus civilisationnel – et les impératifs de cohésion sociale qui sont non moins indispensables à la survie de toute société.
Je crains que le jugement de l'auteur ne soit faussé par l'Histoire récente : il est bien vrai que le déni de ladite liberté est inhérent aux deux grandes catastrophes civilisationnelles qu'ont été le nazisme et le communisme ; mais ne prouve évidemment pas que l'abus de la chose soit bénéfique !
Attali ne paraît pas avoir saisi la corrélation – qui crève les yeux – entre l'individualisme forcené et la déflation démographique, car il écrit (p. 161) : « La natalité mondiale remontera-t-elle aussi mystérieusement qu'elle a baissé ». Cela est d'autant plus surprenant qu'il a bien perçu le phénomène d'"égotisation" généralisée. Cf. p. 184 : « L'apologie de l'individu, du corps, de l'autonomie, de l'individualisme, feront de l'égo, du soi, les valeurs absolues. L'érotisme deviendra un savoir ouvertement revendiqué. Les formes les plus diverses de sexualité seront tolérées... ». Voilà un pertinent catalogue des psycho-pathologies post-modernes : toutes défavorables à la natalité.

La dénatalité structurelle : problème n° 1 de la société occidentale
S'il y a donc un problème majeur auquel l'Occident (mais aussi les pays occidentalisés comme le Japon, la Corée, etc.) est confronté, c'est bien celui-là. Nul besoin d'hyperconflit attalien pour signifier l'extinction (au sens propre) de notre société : le temps suffit.
Dans le cadre de la mondialisation, ce qui renforce considérablement l'effet néfaste du phénomène est la corrélative fertilité démographique du Tiers-Monde – que, idéologie politiquement correcte oblige – on nomme désormais "Pays en voie de développement" (PVD)...
L'extrapolation des tendances structurelles de la démographie planétaire montre la décroissance exponentielle de l'homo occidentalis. D'où les gigantesques mouvements de populations qui, d'après Attali lui-même, s'en suivront (cf. pp. 199 à 203) : « Des masses de plus en plus nombreuses se précipiteront aux portes de l'Occident. Ils sont déjà des centaines de milliers tous les mois ; ils seront des millions, puis des dizaines de millions. » ; ce qui provoquera chez nous (cf. p. 267), l'avènement de « dictateurs racistes, théocratiques ou laïcs (...) pour faire face aux vagues d'immigration » en question.
Notre auteur prédit également (cf. p. 245) la balkanisation généralisée causée par toutes sortes d'égoïsmes, ainsi que (à partir de 2040) le dépérissement de l'État corrélatif à une privatisation généralisée... Voilà d'incontestables prémisses à la RCT !
Encore selon lui, le développement des assurances tous azimuts palliera la disparition des pouvoirs publics, et leur donnera naturellement le rôle normatif de ces derniers. Ainsi, p. 254 : « Ces compagnies d'assurances exigeront non seulement que leurs clients paient leurs primes (...), mais elles vérifieront ainsi qu'ils se conforment à des normes pour minimiser les risques quelles auront à couvrir. Elles en viendront progressivement à dicter des normes planétaires (...). Elles pénaliseront donc les fumeurs, les buveurs, les obèses, les inemployables, les mal protégés, les agressifs, les imprudents, les maladroits, les distraits, les gaspilleurs »... ce qui, à vrai dire, ne serait pas plus mal – le laxisme actuel pénalisant justement, comme je l'ai noté ci-dessus, les non fumeurs, les sobres, les maigres, les bons ouvriers (au sens large), les doux, les prudents, les adroits, les parcimonieux – et pour tout dire les meilleurs ! Jusqu'à ce que ces derniers se révoltent et établissent une dictature basée sur l'ordre moral ; laquelle dictature sera à son tour violemment contestée ; et ainsi de suite ! Ça y est, on entre maintenant en RCT !
Par contre, cette hyperprivatisation (p. 253) « en échange d'une baisse d'impôt (...) avantagera surtout les plus riches, les services publics deviendront payants, ce qui pénalisera les plus pauvres. Et comme ces entreprises privées en concurrence devront dépenser des sommes considérables pour attirer les clients, ce que n'a pas à faire un service public, le coût final du service pour le client augmentera d'autant. [C'est moi qui souligne] ». Bien vu, sauf que la chose crève les yeux aujourd'hui même !

Le scénario attalien du 21e siècle encore plus catastrophique que celui de l'IET !
Mais continuons avec son texte : Cela se conjuguera avec un système de surveillance orwellien – dénommé évidemment hypersurveillance, puis autosurveillance... à partir du moment où les techniques de mesure des paramètres biologiques individuels deviendront opérationnelles – c'est-à-dire, estime-t-il, vers 2050... « En même temps – note-t-il pertinemment p. 260 –, la liberté individuelle aura atteint son paroxysme, au moins dans l'imaginaire. »
Et, pour finir notre siècle, juste retournement de l'Histoire, l'Empire américain disparaîtrait lui-aussi, vaincu par l'hypercapitalisme (je plagie l'hyperbole attalienne) mondial, que le dit empire a tant défendu et dont il a tant profité – prophétise Attali... Mais quel empire n'a-t-il pas fini par s'écrouler !
S'ouvrirait alors le règne de "la marchandisation absolue du temps", qui consiste à (p. 270) « faire de chaque minute de la vie une occasion de produire, d'échanger ou de consommer de la valeur marchande »... Comme si ce règne n'avait pas déjà commencé depuis que les médias nous abreuvent de leurs pubs généralement inutiles et gaspilleuses sinon néfastes.
Tout cela conduit matériellement à la surexploitation de la planète et psychiquement à la déréliction sociale ci-dessus mentionnée... À propos de laquelle, Attali précise : « Nul ne songera plus à se soucier d'autrui ; pourquoi partager quand il faut se battre ? Pourquoi faire ensemble quand on est concurrents ? Plus personne ne pensera que le bonheur d'autrui puisse lui être utile. Encore moins cherchera-t-on son bonheur dans celui de l'autre. Toute action collective semblera impensable, tout changement politique, de ce fait, inconcevable ».
Il est bien vrai que la chose nous pend au nez... et que ce n'est pas le vide spirituel des jeux du cirque qui guérira ladite déréliction.

Il y a cirques et cirques, comme il y a pauvres et pauvres !
En parlant de cirques au sens propre du terme, c'est sur leur modèle que l'auteur envisage « les entreprises de seconde catégorie (...) durablement organisées autour d'un nom, d'une histoire, d'un projet », alors que celles de première catégorie sont organisées sur le modèle des troupes de théâtre, car elles rassemblent des compétences et des capitaux pour remplir une tâche déterminée et sont donc qualifiées de "nomades"... Comme ces dernières prédominent, la "nomadisation" caractérisera toute la société, et les "maîtres de l'hyperempire" seront donc appelés "hypernomades"... Lesquels ne seront « quelques dizaines de millions, femmes autant qu'hommes », estime-t-il, toujours avec le même effarent aplomb. Quant à leurs mœurs, elles font curieusement penser à celles de nos golden boys contemporains...
Suit l'évocation de la situation – en 2040, précisément ! – de quelque quatre milliards de sédentaires salariés, principaux consommateurs solvables, et qui « auront à souffrir (...) de la délocalisation des entreprises et de l'immigration des travailleurs ». Leur mode de vie, tel que prédit par l'auteur, ne diffère guère de celui de millions d'Euro-américains contemporains : surassurés, sédentaires, donc obèses bien que « pratiquant quatre sports principaux, tous simulacres du mouvement, tous solitaires, représentations idéales de la compétition dans l'hyperempire (...) : l'équitation, le golf, la voile et la danse (sic) ».
Parmi eux, certains, tout comme de nos jours, « iront grossir les rangs des consommateurs de drogues... (lesquelles) deviendront des produits de consommation de masse d'un monde sans loi ni police dont le principales victimes seront les infranomades. »
Ces derniers, affirme-t-il, sont les nouveaux pauvres, « vivant (...) avec moins de deux dollars par jour, (leur nombre) dépassera les 3,5 milliards en 2035 au lieu de 2,5 milliards en 2006. »
J'étais déjà ébaubi par la précision des dates données précédemment, mais celles-ci me sidèrent... De plus, les deux dollars par jour en 2035 ne signifient rien, si on ne donne pas le coût, en 2035, de la baguette de pain et du bol de riz !
La conclusion de tout cela figure à la page 297 : « L'hyperempire sera, vers 2050, un monde de déséquilibres extrêmes et de grandes contradictions ». Chose qui n'est pas étonnante : l'Histoire, tout comme la vie, a toujours été et sera toujours pleine de contradictions : seuls la mort, le néant, le nirvana, sont autocohérents. Mais ces états-là ne valent pas – dans le contexte du plancher des vaches sur lequel je raisonne – une roupie de sansonnet.
Je passe sur le méli-mélo fantasmatico-futuriste qui suit. D'ailleurs l'auteur admet que : « bien avant que ne s'instaure l'hyperempire, l'homme aura su résister à cette perspective – il y résiste déjà (...). Après la violence de l'argent, viendra – vient déjà – celle des armes »... Voilà Attali revenu lui aussi sur le plancher des vaches !

Des Intellectuels sourds et aveugles aux dangers des idéologies fondamentalistes
Dans la cinquième partie, Attali détaille les conflits potentiels entre États, tels que tout un chacun qui suit l'actualité est capable de les pressentir... ainsi que l'émergence, en Occident, d'une coalition de forces antimondialistes, dont « la plupart n'auront rien à proposer à la place ». [Si c'est lui qui le dit !]
Cela donne évidemment leurs chances aux mouvements religieux fondamentalistes, dont les doctrines ne sont d'ailleurs guère capitalistophobes – contrairement à ce qu'il affirme – mais sûrement liberticides.
Son mérite, par rapport à la majorité de nos Intellectuels, sourds et aveugles sur la question – idéologie "politiquement correcte" oblige –, est de reconnaître le totalitarisme intrinsèque de l'islam ; dans la mesure où la lecture littérale du Coran fait partie du dogme lui-même.
NB : Il n'y a pas que l'Occident à se faire piéger par sa propre idéologie !

Le nombril de nos femmes et l'avenir de l'Occident
Revenant aux sources des fondamentalismes religieux, il est clair qu'ils apparaissent désormais la seule planche de salut à nombre de ceux que Fanon appelait naguère "les damnés de la Terre" ­– le socialisme tiers-mondiste, illustré par Castro, Nasser ou Boumédienne, ayant failli tout autant que le communisme.
Et, à l'instar de toute lame de fond sociale brimée par les pouvoirs en place, ce mouvement s'exprime par le terrorisme... et par la surnatalité.
Naturellement, ce sont les Intellectuels qui forment le fer de lance du premier phénomène et les femmes du peuple qui constituent les gros bataillons du second... Ce qui permet de soutenir que le nombril à l'air des Occidentales est paradigmatique de leur stérilité, alors que le voile des musulmanes est paradigmatique de leur fertilité procréatrice (pas toujours volontaire)...
J'entends d'ici vos interpellations :
— Hé, quoi, vous voulez que l'on impose un quota d'enfants à nos femmes ! S'indignent les progressistes (hommes).
— Hé, quoi, vous voulez nous asservir comme autrefois ! S'étouffent les progressistes (femmes).
— Hé, quoi, vous voulez nous obliger à copuler ! râlent les homos (hommes & femmes).
— Point du tout,réponds-je. Mon ambition, comme celle d'Attali, c'est de vous prévenir de ce qui est susceptible de menacer notre avenir à tous... Maintenant, à vous citoyen(ne)s, d'en tirer les conclusions !

Mondialisation islamique
Encore à propos de l'islam, Attali suppute (p. 323) « (qu'il) voudra, dans certaines de ses composantes minoritaires, retrouver son lustre du XIe siècle, se rassembler de Cordoue à Bagdad, puis s'étendre à l'ensemble de la planète : par la démographie, par la conversion, voire, dans l'esprit de certains, par la guerre. ». Et pense connaître sa stratégie (p. 327) :
« – Dans les territoires où il est encore minoritaire, l'islam devra pratiquer le Dar al-Sulh, la "paix momentanée", laquelle pourra être dénoncée à tout moment.
– Dans les territoires où il aura converti, ou chassé, une fraction significative de la population, il devra installer un Dar al-Harb ou "zone de guerre". Les derniers fidèles à d'autres monothéismes y seront provisoirement tolérés, avec un statut inférieur, celui de dhimmi ("protégés") ; les adeptes d'autres philosophies et les athées en seront chassés.
– Dans les territoires où le pouvoir musulman sera devenu totalement dominant, tous les "infidèles" devront être convertis ou chassés : les juifs, parce qu'ils n'ont pas accepté le Coran à Médine ; les chrétiens, parce qu'ils placent Jésus au-dessus de Mahomet.Tous les "infidèles" y seront déclarés ennemis, parce que "l'incroyance est une seule nation" ».
Ces conjectures nous ramènent un bon millénaire en arrière, au temps de l'expansion de l'empire arabo-mususulman – ce qui peut paraître ringard. Cependant, il ne faut pas oublier que l'islamisme est une idéologie, et que toute idéologie, aussi folle et/ou incongrue soit-elle, devient dangereuse dans la mesure où elle est la seule espérance de masses aliénées – au sens psycho-sociologique du terme.
Le nazisme n'était-il pas dément par son antisémitisme irrationnel, et débile par son messianisme (le "Reich de mille ans" dans une Europe hostile) ? Le communisme n'était-il pas irréaliste pour prétendre, en supprimant la propriété privée, interdire l'accaparement de la richesse par la nomenklatura du parti unique ?
Des centaines de millions de Terriens sont aujourd'hui dans un état de pauvreté endémique. Ils ne demandent qu'à croire que l'Occident est à la source de tous leurs maux – et qu'il suffit de s'emparer des richesses du dit Occident pour sortir de leur misère... qui n'est certes pas celle de leurs dirigeants, quasi systématiquement corrompus...
Le plus comique de cette affaire – si l'on peut dire – est le succès, chez nous, du mouvement tiers-mondophile et repentant mené par quelques uns de nos brillants Intellectuels, lesquels n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser les crimes du néocolonialisme occidental, tout en occultant ceux encore plus horribles commis sous nos yeux dans les pays en voie de développement (PVD) et par les PVD !
Bon, il faut avouer que la chose n'est pas nouvelle et que Julien Benda avait (il y a 80 ans déjà) stigmatisé la propension de nos "clercs" – comme il les appelait avec pertinence – à trahir leur propre déontologie sinon leur propre société (cf. La trahison des clercs,Grasset, Paris, 1927).
Pour conclure sur le péril fondamentaliste, je pense personnellement que ce n'est pas l'islamisme violent des Ben Laden, ni même celui présomptueux des ayatollahs, qui représentent une menace sérieuse pour nos valeurs ; mais bien celui des Ramadan de chez nous, car ceux-ci ont trouvé la faille de la cuirasse occidentale : le droit-de-l'hommisme justement !
Note :Je désigne par cette expression la dérive qui consiste à en faire bénéficier les ennemis déclarés ou sournois des droits en question.
En effet, habiles sophistes, les dits Ramadan retournent les dits droits contre nos principes laïques, fondement de notre démocratie. Et cela avec la complicité de nos propres Badiou – j'ai nommé les indécrottables gauchistes qui n'ont rien retenu de la faillite de toutes leurs billevesées doctrinales.

Attali au secours de Bush le va-t-en-guerre ?
Au début du chapitre sur Les armes de l'hyperconflit, il note avec pertinence que « De tous temps, l'issue des guerres s'est jouée sur la détention d'armes nouvelles et sur le prix attaché par chaque belligérant à la vie de ses propres soldats »... mais oublie de rappeler ­– ce qu'on sait au moins depuis l'an 2 de la République – que le moral des troupes constitue leur principale force !
Et ce moral se construit aussi bien par l'endoctrinement – que nos ennemis maîtrisent parfaitement ­– que par l'enseignement des vertus citoyennes, discipline considérée désormais chez nous comme ringarde...
À ce point, je dois signaler que si la bête immonde, chère à Brecht, est en train d'accoucher de myriades d'islamistes sous nos yeux, l'Institut d'Études Terriennes (IET), ne conjecture pas l'émergence de la RCT avant la fin du siècle. Cela signifie que le scénario attalien et le scénario cosmon ne sont pas établis avec les mêmes constantes de temps. Bien sûr, les prémisses de ladite RCT se manifesteront tout le long du siècle par des crises économiques, des révoltes, des révolutions, des guerres régionales, des pollutions généralisées, des catastrophes technologiques et/ou naturelles – ces dernières étant aggravées par le réchauffement climatique... Cependant, la dégringolade civilisationnelle elle-même sera déclenchée (toujours selon l'IET) par le déséquilibre grandissant entre les ressources et les besoins – l'Humanité s'avérant incapable de mettre en place une autolimitation démographique et une économie de parcimonie.
Mais continuons avec notre auteur (cf. p. 339) : « Vers 2035 ou 2040, l'Alliance [c'est-à-dire l'Otan ou son avatar] réalisera – suite à la course aux armements – qu'elle n'a pas les moyens de maintenir sa domination sur l'Ordre marchand (...), les pays qui la composent formeront alors l'ordre polycentrique et changeront de stratégie : ils ne s'occuperont plus du reste du monde, réduiront leurs dépendance énergétique et financière, instaureront un protectionnisme, disposeront leurs chariots en cercle et limiteront leur défense à la protection de leurs intérêts, au sens le plus étroit. »
Cependant, Attali doute de la pertinence de cette politique autarcique, et, considérant que les "démocraties de marché" seront toujours sous la menace des armes de destruction massive des "pays voyous" et autres organisations terroristes, il leur conseille de « ne pas se laisser impressionner » et si les moyens de persuasion pacifique ne suffisent pas, de frapper préventivement...
Ici, on constate que c'est exactement la situation actuelle et qu'Attali embouche les trompettes des faucons bushistes, tout en faisant semblant de croire que l'Alliance (entendez l'Otan) obéit à autre chose qu'aux volontés de l'Amérique ! Voilà notre auteur devenu plus atlantiste qu'Obamo imperatorlui-même !
En fait, les dits "états voyous" (Corée, Iran...), pas plus que le terrorisme d'Al Qaïda ne menacent sérieusement l'Occident ; mais c'est là le meilleur argument des atlantistes – auxquels les propos en question rattachent indiscutablement notre auteur...
Passons sur les détails concrets concernant la raréfaction des produits de base tels que le pétrole et l'eau ; ce qui, évidemment, génèrera des guerres plus ou moins chaudes. De même, ça ne mange pas de pain que de prévoir (p. 352) « de nombreuses guerres civiles et donc, comme à chaque fois (...) la désignation de boucs émissaires à éliminer ». Ainsi que des guerres régionales "d'influence", comme il les appelle ; ou des guerres anti-piraterie – cette dernière activité s'étant généralisée, comme dans toute période de troubles.
À ce sujet, il suppute (p. 356) : « encore une fois, ce n'est pas l'Afrique de demain qui ressemblera un jour à l'Occident d'aujourd'hui, mais l'Occident tout entier qui pourrait demain faire songer à l'Afrique d'aujourd'hui ».[C'est moi qui souligne sa boutade, parce qu'elle a effectivement de fortes chances de devenir une réalité !]

La version utopique de l'avenir attalien
L'hypothèse de l'hyperconflit, c'est-à-dire la troisième guerre mondiale – au cours de laquelle, on s'en doute, toutes les armes possibles et imaginables seront utilisées –, est ensuite brièvement exposée.
L'auteur, bien qu'évoquant la possibilité de la disparition pure et simple de l'Humanité – ce que ne prévoit pas l'IET, qui s'en tient à une profonde régréssion civilisationnelle – veut croire à ce que je ne peux appeler autrement qu'une utopie. Lisez plutôt (p. 359) : « Les armées de l'Alliance [À priori, il s'agit toujours de l'OTAN, alors que l'auteur a lui-même prédit la fin de l'Empire américain !]balaieront les dictateurs ; les cartels de la drogue seront maîtrisés ; les grandes entreprises ne joueront plus leur avenir sur la croissance des commandes militaires ; toutes les religions s'apaiseront et deviendront des forces de paix, de raison et de tolérance. Des forces nouvelles, déjà à l'œuvre, prendront le pouvoir afin de créer un monde juste, apaisé, rassemblé, fraternel ».
Formidable ! Attali oublie seulement de préciser que, in fine, les Animaux et les Humains se parleront – ce qui permettra aux taureaux d'expliquer aux tauromachistes qu'ils souffrent à mort lors des corridas et aux loups d'expliquer aux moutons pourquoi ils sont obligés de les manger !
Plaisanterie mise à part, on peut continuer à rêver : « Alors, comme après la chute de l'Empire romain, renaîtront – sur les ruines d'un passé prometteur gâché par une trop longue série d'erreurs – une formidable envie de vivre, de joyeux métissages et des transgressions jubilatoires. En surgiront de nouvelles civilisations, faites des résidus des nations exsangues et de l'hyperempire en déshérence, nourries de valeurs nouvelles... Une démocratie planétaire s'installera, limitant le pouvoir du marché. Elle tentera de gagner d'autres guerres, beaucoup plus urgentes : contre la folie des hommes, contre le dérèglement climatique, contre les maladies mortelles, l'aliénation, l'exploitation et la misère ».
Très bien, sauf que l'on est en droit de douter que la chute de l'Empire romain ait été suivie "de joyeux métissages et de transgressions jubilatoires" – comme Attali l'imagine –, étant donné que la fameuse pax romana n'était plus qu'un lointain souvenir... remplacée par les guerres incessantes entre les nouveaux royaumes barbaro-chrétiens.

"Transhumains" et "entreprises relationnelles" : la panacée ?
En simplifiant à l'extrême la composition de la société, Attali tombe dans les mêmes travers que Marx... Et on sait quelles criminelles conséquences les Staline et autres Mao en ont tiré.
Note : Je ne fais aucun procès d'intention à l'auteur – qui est tout sauf un révolutionnaire –, mais je constate que sa classe créative est le pendant de la "classe ouvrière" du Rhénan, et ses transhumains sont l'équivalent des militants communistes, donc appelés à conduire ladite classe vers de radieux lendemains – dont je suis prêt à parier sur Bible et Coran réunis, qu'ils déchanteront pareillement !
En effet, on ne voit pas pourquoi les "entreprises relationnelles" seraient moins prédatrices que les entreprises actuelles, car le dynamisme du marché est fondé – ainsi que le signale Attali lui-même – sur la satisfaction des désirs des consommateurs, lesquels ne se convertiront pas tous et instantanément en citoyens responsables, économes, vertueux, tempérants, etc...
Pour finir, l'auteur, ainsi que tant d'autres (dont moi-même !), fait appel aux citoyen(ne)s de bonne volonté. Comme exemples, il cite Mère Teresa pour la tradition et Melinda Gates pour la post-modernité. Autant mentionner les innombrables saints chrétiens, marabouts musulmans et autres yoguis bouddhistes qui se sont illustrés par la pratique de la pauvreté et de la charité in secula seculorum. Or, si la charité traditionnelle a sans doute soulagé et soulage toujours bien des misères, elle n'a jamais résolu un problème social aussi fondamental que l'accumulation des richesses et du pouvoir par une minorité. Seul l'État-providence occidental peut être crédité de quelque succès dans ce domaine.
Et cela me paraît logique : aucune autre entité que le pouvoir politique ne dispose de la légitimité lui permettant de compenser par la redistribution la tendance naturelle à ladite accumulation.
L'ébauche de justice sociale qui a caractérisé l'Occident contemporain (par l'implémentation de la fiscalité progressive, l'assurance maladie universelle, les allocations familiales et autres minima sociaux), est toute à son honneur. Malheureusement, la mondialisation ultra-libérale qui sévit actuellement sous la férule des grandes puissances (celles d'Occident plus le Japon, la Chine, l'Inde...) désindustrialise ledit Occident, exploite un maximum les masses tiers-mondiales, pollue leurs pays à tout va et dilapide les ressources de la planète à la vitesse grand V.
Comment tout cela ne préparerait-il pas une issue explosive ?

Et la France dans cette cette capilotade mondiale ?
Attali, en bon citoyen, ne peut que revenir à notre patrie, comme si c'était le centre civilisationnel du monde – fonction qu'elle n'a d'ailleurs jamais tenue à cent pour cent, même lors de ses plus grandes heures de gloire, c'est-à-dire du temps des Croisades et des Lumières...
Note : Aucune nation n'a pu être considérée en son temps comme le seul phare de la planète, sauf peut-être la Grèce classique – et encore l'Hellade du siècle de Périclès était-elle composée d'une multitude de cités indépendantes, le plus souvent en guerre les unes contre les autres... Quant à l'Empire romain, lui, il a été sérieusement concurrencé, sur ce plan, et sans le savoir, par l'Empire chinois...
Cela n'empêche d'ailleurs pas l'auteur de détailler concrètement les faiblesses de notre pays. Sont courageuses également les mesures préconisées pour remédier au gouffre de la dette publique (p. 417) : « la réforme des institutions pour les rendre enfin efficaces ; la chasse au gaspillage dans les administrations militaires, fiscales et sociales ; la réduction massive des subventions à l'agriculture et aux industries dépassées ; l'usage des technologies de l'ubiquité nomade [Terminologie attalienne pour les nouvelles technologies informatiques] dans les services publics ; la réduction du nombre d'échelons décentralisés »... Ces judicieux conseils à Sarkozo rex datent de plus de deux ans ; mais, à ce jour, on attend toujours l'application effective de la plupart d'entre-eux.
Sans parler de la réorientation de l'économie vers les biens durables et les énergies renouvelables... Il est vrai qu'en l'occurrence, la France seule n'y peut grand chose. Les contraintes de la mondialisation mercantile sont devenues telles que personne ne paraît à même de freiner significativement ses outrances ; à savoir la spéculation à tout va, la désindustrialisation de l'Occident, la paupérisation d'une partie significative de la population, la surexploitation des ressources, la pollution généralisée...
D'ailleurs, il est bien connu que la suppression et même la simple restriction des privilèges de toutes sortes ainsi que des produits et activités nocives, nécessitent des mesures coercitives que notre société ultra-permissive ne paraît guère en mesure de prendre... Et j'éprouve quelques doutes sur la capacité des Obama et autres Sarkozy à dévier de sa trajectoire fatidique cette lourde machine qu'est devenue l'économie mondiale.
Je crois qu'en gros, Attali partage cette analyse pessimiste, mais il pense (p. 365) que « quelques catastrophes annoncées démontreront crûment aux plus sceptiques que notre mode de vie actuel ne peut perdurer : le bouleversement du climat, l'écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres, l'augmentation de l'obésité et de l'usage des drogues, l'emprise de la violence dans la vie quotidienne, les actes terroristes de plus en plus terrifiants, l'impossible bunkerisation des riches, la médiocrité du spectacle, la dictature des assurances, l'envahissement du temps par les marchandises, le manque d'eau et de pétrole, la montée de la délinquance urbaine, les crises financières de plus en plus rapprochées, les vagues d'immigration échouant sur nos plages, d'abord main tendue puis le poing levé [c'est moi qui souligne le propos, car il me paraît tout à fait prémonitoire], les technologies de plus en plus meurtrières et sélectives, les guerres de plus en plus folles, la misère morale des plus riches, le vertige de l'autosurveillance et du clonage, viendront un jour réveiller les dormeurs les plus profondément assoupis. Les désastres seront, une fois de plus les meilleurs avocats du changement ».
On ne peut mieux résumer ce qui nous pend, déjà, au nez... tout en notant que ce sont moins les annonces des désastres qui motivent les révolutions et autres réformes significatives, que leur accomplissement effectif. À titre d'exemple, quelques grands Français (dont De Gaulle et Aron, mais non Sartre), ayant pris conscience, avant tout le monde, de la menace nazie, avaient dénoncé l'impréparation de notre pays à y faire face – sans beaucoup d'écho, ni chez les dirigeants ni dans le populo. Il a fallu la débâcle de juin 40 pour qu'une majorité de Français réalise la situation catastrophique de la nation...
De même, la quasi-imposture de la "victoire" de 1945 a-t-elle obnubilé nos concitoyens de l'époque, au point de leur faire croire à la viabilité de l'Empire colonial...
Cette rigidité mentale collective – qui n'est pas propre à la France (: elle vient de sévir lourdement aux États-Unis aussi bien qu'en Russie) explique bien des désordres psycho-sociaux, dont, entre autres, l'émergence de l'idéologie "droit-de-l'hommiste", qui, bien que généreuse dans son esprit, pave sournoisement notre prochain enfer.

Cependant, que faire avant le drame sinon tirer la sonnette d'alarme ? Me voilà en phase avec Attali. Par ce commentaire peut-être trop sévère et trop pessimiste, j'ai cependant la prétention d'apporter modestement de l'eau au moulin de notre auteur... et à l'espérance du lecteur ; persuadé que je suis du dynamisme que la lucidité rationnelle peut déclencher dans les situations les plus désespérées...

Julien Doutrerive, juin 2009.

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Article n° 3 : Le néofraŋsè : pa selmaŋ ûn réalfabétizasioŋ de l'ékritûr !
NB : À la fèŋ de l'artikl, lizé la premièr é la dèrnièr paj dû LPK, aŋ néofraŋsè natûrelmaŋ !

| 17-06-2009 8:27:24 |

La graphie française : un casse-tête chinois
Tout francophone souffre – plus ou moins suivant ses dons – de la graphie de sa langue. En effet, celle-ci partage assurément, avec l'anglais, l'honneur (si l'on peut dire) d'être la plus éloignée du principe même des langues alphabétiques, qui consiste en une correspondance biunivoque entre les phonèmes (sons élémentaires de la parole) et les graphèmes (lettres, éventuellement diacritisées) qui les représentent. De plus, la divergence entre le parler courant et l'écrit académique est désormais telle qu'on peut les considérer comme deux idiomes distincts...
L'inconvénient d'une telle situation est évident. Il suffit pour cela de décompter la proportion de fautes dans les textes écrits, y compris par ceux qui ont fait des études supérieures. Des statistiques montrent d'ailleurs que les écoliers français (et anglo-américains) arrivent en queue du peloton en la matière.
Il est vrai qu'il y a peu de langues actuelles utilisant l'alphabet latin qui puissent se satisfaire de ses 26 lettres pour noter tous leurs phonèmes, sans les affubler de signes diacritiques et/ou recourir à des di sinon tri-grammes... De plus, certaines comprennent une foultitude de lettres atones (palme d'excellence au français) ou qui se prononcent différemment suivant le contexte (palme d'excellence à l'anglais).
Notons que même celles comme l'italien et l'espagnol, qui ont voulu respecter le principe alphabétique (en simplifiant la transcription latine des lettres grecques, par exemple), mais n'y sont pas totalement parvenues.
À vrai dire, seul l'espéranto y est (presque) arrivé – par la volonté de son créateur, le Polonais Ludwik Zamenhoff (1859-1917). J'écris presque, car il utilise quand même 5 lettres diacritisées !
Note : Le coup de génie de Zamenhoff a consisté essentiellement :
– pour ce qui est du lexique, dans l'utilisation de radicaux indo-européens concaténés de préfixes et suffixes à fonction sémantique,
– pour ce qui est de la syntaxe, à décliner la fonction du mot par une lettre terminale unique.
Dans l'entre deux guerres, le chauvinisme des grandes nations occidentales (France comprise, hélas) à fait capoter l'espoir que cette langue équitable joue le rôle qu'avait tenu le latin pendant plus d'un millénaire. Cet échec a naturellement ouvert à l'anglo-américain la voie de l'hégémonie.

La proposition de réforme du français détaillée ci-dessous a évidemment pour premier but de le "réalphabétiser" afin de supprimer le gaspillage (le mot n'est pas trop fort) que la graphie actuelle entraîne. Quant au second but, il consiste à rapprocher, autant que faire se peut, la langue écrite de la langue parlée – sans tomber dans le vulgaire – ainsi que de franciser les termes d'origine étrangère (anglo-américaine en particulier) selon les mêmes règles de transcription phonétique.
On m'objectera que c'est là le rôle de l'Académie française. Certes, mais cette docte compagnie s'avère d'une timidité et d'une lenteur proverbiales. D'autre part, même ses plus banales initiatives — à l'instar du remplacement du pluriel en x des mots bijou, chou, genou, etc. par le s —, ne sont pas respectées...
Comme l'ont pertinemment constaté les Advus dans le Le Projet Clipperton (LPC), il est plus facile chez nous de révolutionner l'État que la graphie – qu'on sanctifie justement sous l'appellation d'"orthographe"... D'ailleurs la popularité de la "dictée de Bernard Pivot" est là qui donne la mesure de ce conservatisme national.

Tour d'horizon sur la question
Une graphie linguistique est un ensemble de dessins conventionnels dont le but est l'échange d'informations. Pendant des siècles, les premières civilisations ont utilisé des signes plus ou moins figuratifs, puis aussi quelques signes phonétiques. Mais — pense-t-on — ce sont les Phéniciens (un peuple sémitique établi, en gros, sur le territoire du Liban actuel) qui ont systématisé le principe alphabétique. Un véritable coup de génie, car cela simplifie drastiquement l'écriture, la mettant ainsi à la portée du plus grand nombre.
Ce principe a été adopté ensuite par tous les peuples du pourtour méditerranéen : les Crétois, les Mycéniens, les Grecs, les Étrusques, les Hébreux, les Romaines, les Arabes, etc.
Le français, tout comme les autres langues de l'Europe occidentale (à l'exception du basque et du gaélique, qui ont survécu à l'hégémonie du latin) est né sur les ruines de l'Empire romain, lequel, au milieu du premier millénaire de notre ère, s'est disloqué en une multitude d'entités ethno-politiques n'ayant plus en commun que la religion chrétienne, indéfectible gardienne du dit latin. La barbarisation subséquente à la chute de l'Empire ayant éliminé toute activité culturelle autre que celle régie par le totalitarisme chrétien, le latin écrit est resté hégémonique jusqu'au début du second millénaire. En fait, il fallut encore des siècles pour que les jargons des principales cours princières s'émancipent et deviennent des langues écrites... avec d'ailleurs des graphies plus ou moins fantaisistes.
Au cours des temps modernes, ce sont les monarchies, de plus en plus "absolues", qui ont activement œuvré, par la réglementation comme par la mode, à l'unification au sein de chaque État.
On sait que chez nous, François 1er d'abord, avec les ordonnances de Villers-Cotterets (1539), imposa la "langue françoise" – c'est-à-dire celle de la cour – pour tous les actes officiels du royaume. Puis Louis XIV chargea l'Académie de normaliser ladite langue dans tous les domaines d'activité et sur tout le territoire national.
Au cours des siècles, le parler a évolué bien plus rapidement que l'écrit. Ce dernier a, en effet, gardé une foule de reliques étymologiques. Par exemple, un grand nombre de désinences latines devenues muettes, ainsi que des anomalies orthographiques traditionnelles – comme la diphonie du c et du g ; les lettres phonétiquement équivalentes, comme le c dur, le q et le k, ainsi que le g doux et le j ; la transcription des lettres grecques θ, ρ, φ, χ, par th, rh, ph, ch (ou k)...
Notons que cet handicap de la graphie française n'explique nullement le déclin de notre langue sur le plan international, puisque l'anglais écrit est au moins aussi éloigné du principe alphabétique... Faut-il le répéter : cela est lié au recul de l'influence politico-économique française depuis quelque deux siècles. Au profit justement de l'influence anglo-américaine, désormais planétaire... mais non universelle, puisque la Société du Projet Clipperton (SPC) et les Cosmons correspondent en français — langue que j'ai eu l'honneur de leur enseigner, comme les lecteurs des Chroniques le savent.
Note : Moi-même pratique toujours le pancosmon avec eux, ne serait-ce que par reconnaissance de leurs services et avec l'espoir d'obtenir leur soutien au Projet Clipperton, justement.

Généalogie des Normes du Néo-Français (NNF)
J'ai évidemment fait appel aux conseils de Nivea Advus, littéraire de profession, comme vous le savez. Celle-ci — outre l'Alphabet Phonétique International (API), disqualifié d'entrée de jeu par ses nombreux symboles exotiques — m'a fourni la référence des deux promoteurs toujours actifs sur la question :
– Mario Périard, Québecois (www.ortograf.net), créateur de la norme "ortograf";
– Louis Rougnon-Glasson, Français (www.alfograf.net), créateur de la norme "AFF".
En accord avec la sus-nommée amie et la SPC, j'écartai très vite ces deux méthodes pour les raisons explicitées dans l'Annexe 1 en fin d'article... D'ailleurs, le tableau comparatif photocopié ci-dessus vous permet de juger sur pièces.
Puis me lançai avec enthousiasme dans cette aventure, car c'en était une, moins mouvementée, physiquement parlant, que celles décrites dans les Chroniques, mais tout aussi passionnante... Tout en ayant conscience que si la colonisation extraterrestre se réalisait un jour, ses pionniers opteraient sans doute pour une graphie inspirée de celle du pancosmon, car la structure sémiogrammatique de ce dernier est plus facilement informatisables que nos lettres.
Note : Comme les lecteurs des Chroniques le savent déjà, la grille de base des dits sémiogrammes (le pancosmon n'est pas une langue alphabétique, pour la bonne raisons que les dits ET sont muets) est formée de deux carrés contigus superposés, construits donc par 7 segments de droite. Le "noircissemment" ou non de ces segments permet de figurer 2exp7 — 1 = 127 symboles, qui s'avèrent suffisants pour figurer la trentaine de caractères du néofrançais, ainsi que les chiffres arabes, la ponctuation et tous les autres symboles utilisés couramment par l'imprimerie.
Mais revenons à nos moutons... Si l'idée de la réforme est simple dans son principe, il n'est pas de même dans sa réalisation, car il faut faire un certain nombre de compromis pour limiter les différences avec la graphie académique et surtout permettre l'utilisation maximale du clavier francophone.

Règles générales
Commençons par le trivial : on supprime toutes les lettres muettes ; qu'elles appartiennent aux reliquats étymologiques comme les digrammes transcrivant les caractères grecs, ou les suffixes déclinant temps verbaux, genre et nombre des noms et adjectifs...
On supprime aussi le doublement des consonnes (qui n'est pratiquement plus prononcé nulle part en Francophonie) et on remplace les digrammes (au, eu, ou, ch, gn...) ou trigrammes (eau, sch...) par un seul symbole – éventuellement doublé pour des raisons de longueur phonique ou de discrimination sémantique.
On fait évidemment leur sort aux curiosités orthographiques, comme les mots "second" ou "aujourd'hui" qui sont totalement phonétisés selon la règle générale.
Les mots composés ayant une signification en soi sont concaténés sans espace ni tiret ni apostrophe.
Les noms propres français ou francisés sont traités de même.
L'utilisation des unités de mesure du système métrique international devient impérative. En conséquence les "barils" et autres "onces", sont tout simplement interdits car ils puent l'hypermercantilisme – comme dirait Attali.
De même, toute valeur monétaire doit être traduite en euros.
Précisons, pour ces dernières injonctions, qu'il est toujours possible de figurer l'expression étrangère ou absconse entre parenthèses : le but du néofrançais n'est aucunement de censurer qui ou quoi que ce soit, mais de rendre l'échange informationnel le plus simple et clair possible entre deux locuteurs francophones.
Je n'ai pas suivi la suggestion de certains pionniers de la SPC consistant à figurer l'accent tonique des mots plurisyllabiques. Si la chose est fort utile dans la plupart des autres langues, pour lesquelles celui-ci peut tomber sur l'une quelconque des syllabes du mot et donc éventuellement discriminer ainsi son sens, ce n'est pas le cas de la nôtre où ladite accentuation porte majoritairement sur la dernière syllabe. En effet, seuls les mots dont la syllabe finale se termine par un e muet ou en ail(le), eil(le), ille, ouil(le), sont accentués sur l'avant dernière.
Exemples : septante, patente, jacinthe, portail, abeille, fenouil...
Cette mesure, qui consiste à souligner ou "noircir" la voyelle phonétiquement accentuée, me paraît cependant tout à fait recommandable pour les mots étrangers non encore francisés – ne serait-ce qu'afin d'habituer les Francophones monolingues à cette gymnastique phonétique... Car l'ignorance du rôle de l'accent tonique handicape fort nos compatriotes dans l'apprentissage d'autres langues, justement.
J'ajoute que la présente réforme, contrairement à celles mentionnées ci-dessus, ne s'arrête pas à ces règles de bon sens. Son but est plus ambitieux : il s'agit de moderniser notre langue écrite et de la rapprocher du langage parlé.
En somme, toutes mesures propres à irriter Cavanna (Mignonne, allons voir si la rose..., Albin Michel, Paris, 2001), si proche duquel je me sente par ailleurs — et fâcher Pivot, dont j'ai apprécié son engagement pour la littérature digne de son appellation...

Quelques inconvénients sont quand même à noter
1 – Ces règles ne peuvent tenir exhaustivement compte des variations de la prononciation courante entre les différentes régions de la Francophonie – qui va (au minimum) de Genève à Montréal et de Bruxelles à Papeete, en passant par l'Afrique, les Antilles et autres lieux lointains — mais tout aussi lexicalement importants.
Par exemple, ne serait-ce qu'au sein de l'Hexagone, on dit plutôt "le votre" (o ouvert) dans le Sud et "le vôtr" (o fermé) dans le Nord.
En attendant que la prononciation s'uniformise, et si cela n'introduit pas d'ambigüité, on laissera chacun écrire comme il parle.
2 – La réforme augmente évidemment les homonymes, qui s'identifient maintenant aux homophones ; lesquels sont particulièrement nombreux en français – pour la bonne raison qu'il est devenu, avec l'anglais, la langue parlée européenne la plus "ramassée"... Cependant, l'imprécision du texte qui en résulte est levée par le contexte, tout comme c'est – depuis toujours – le cas pour langage parlé, justement.
Note : À ce propos, il est intéressant de considérer le degré d'évolution des langues indo-éuropéennes à travers notre continent. On remarque que plus on se déplace vers le ponant, plus elles se simplifient. Les langues slaves ont gardé presque autant de déclinaisons que le latin et le grec. L'allemand en a déjà moins et les langues occidentales presque plus du tout.
Il est d'ailleurs loisible de rapprocher cette simplification linguistique de l'évolution socio-politique : ne constate-t-on pas, dans ce domaine, et depuis des siècles, un retard significatif de l'est par rapport à l'ouest du continent ? Et ce n'est pas Poutinof, le néo-tsar, qui me fera mentir !

3 – Elle fait disparaître des traces étymologiques qui ne sont pas tout à fait sans intérêt. Mais ce prix à payer me paraît mineur devant le gain obtenu : songeons aux gigantesques pertes de temps et d'argent causées, directement ou indirectement, par la montagne d'erreurs orthographiques actuelles – sans parler de l'économie de papier !
Passons maintenant à la revue de détail, dont le résultat est condensé dans le tableau reproduit au début de l'article.

Généralités sur les voyelles
Pour le français officiel, l'API distingue douze voyelles et trois semi-voyelles, qui se prononcent plus ou moins longuement. Dans la graphie académique, cet allongement est, en principe, figuré par l'accent circonflexe. Exemple d'actualité : "Voltaire en son temps avait déjà stigmatisé le fanatisme infâme de l'islam". Mais pas toujours : par exemple entre "hélas" et "place".
D'autre part, le même signe diacritique est utilisé pour fermer le son du "o" (ô), indépendamment de sa longueur : "Il ôte ses bottes avant d'entrer chez son hôte !" ; ou pour une simple raison de discrimination homophonique : "Le prix du pain lui est dû".
Dans l'API ledit allongement est figuré par le symbole "deux points": accolé à la voyelle concernée. En fait – tout au moins dans les dictionnaires courants, dont le Petit Robert –, la chose est pratiquement ignorée. Ainsi "la belle brebis bèle comme une bête" y est transcrite par "la bεl bRəbi bεl kɔm yn bεt" : ce qui est phonétiquement faux ; alors que les dictionnaires plus anciens utilisent bien le digramme ε: pour "bèle" et "bête".
En néofrançais (comme en néerlandais ou en finlandais) cet allongement est figuré par la répétition de ladite voyelle.
– Ah, mais c'est contraire au principe écologique ! S'écrierait le lecteur attentif.
– C'est vrai, mais le dit allongement phonique étant en régression, cet impact devient de plus en plus négligeable, réponds-je.
En effet, on distingue de moins en moins les "pâtes" des "pattes", c'est tout dire... Chose qui m'a poussé à utiliser – exceptionnellement – le dédoublement en tant que discriminateur sémantique. Quelques exemples sont donnés ci-après.
D'ailleurs, toujours à propos de l'allongement phonique, je décidai – en accord avec la SPC – que celui des voyelles précédant une terminaison en r ne serait pas graphiquement représenté, car il est systématique et plus ou moins perceptible.
Note : Un autre argument – d'ordre psycho-social celui-là – milite en faveur de cette solution : les locuteurs d'origine pied-noire et maghrébine ont tendance à raccourcir nettement ladite voyelle. Les deux populations ayant plus ou moins souffert au cours du siècle dernier par la faute des Hexagonaux que nous sommes, reconnaissons leur donc le droit imprescriptible de continuer à pratiquer cette coutume !


La lettre "a" ou comment honorer Allah sans le "a emphatique" ?
L'API (et les dictionnaires) figurent aussi un "a script" dit "emphatique"... que plus personne ne prononce à l'exception des cagots clamant "Allah akbar" à tout propos. Mais, comme dans notre pays impie, eux aussi ont le droit d'expression (mais pas encore celui de circuler avec la kalach sous la djellaba), je proposai – à l'origine – de simplement "noircir" ladite lettre. C'était sans compter sur Lucien Advus, le Djéha du LPC :
—— Nouarci toù li mou (mot, en pataouète) – me conseilla-t-il –, i grès (et grâce) à toué, Ââllââhh sira ancoùr pli gran !
Je ne pus qu'opiner... sauf que les pionniers refusèrent tout net : ils n'en avaient rien à cirer d'une telle emphase, surtout que les Cosmons – qui sont naturellement dans la boucle en tant que correspondants de la SPC – plagient volontiers notre Voltaire pour charrier les superstitions terriennes ! Exit donc le "noircissement", que j'ai alors réservé à l'accent tonique des mots étrangers.
Note : Pour être honnête, un autre facteur a joué, car cela se passait à l'automne 2006, en pleine affaire Redeker. On se souvient de la fatua (vraie ou fausse) qui avait obligé le malheureux philosophe à plonger dans l'anonymat sous protection policière – et cela pour avoir simplement exprimé la quasi certitude (qui sourd des sources historiques) que le Prophète avait commis des actes peu compatibles avec les préceptes d'Allah al Rahmân, al Rahîm justement... Alors je me suis dit qu'il ne manquerait pas d'imam (même dans notre Europe supposée laïque) qui, pour un qaradaoui ou un qaradanon, me fatualiserait fissa, sous prétexte que le "noircissement" du divin vocable est blasphématoire !

Les multiples facettes du "e" et le point du "i"
Le "e" est prononcé (au moins) de 4 façons différentes :
– Non diacritisé, il figure, d'après la tradition française, le son "neutre", tel que dans les mots : le, velin, seul, œuf, œuvre, chaleur...
NB : L'API (et M. Rougnon-Glasson) fait une distinction que mon oreille n'a jamais perçue de sa vie, entre la prononciation du "e" des deux premiers exemples (API : "ə") et celle des quatre derniers (API : "œ").
– Ses sons "fermé" et "ouvert" sont figurés, tout aussi fraditionnellement (mais systématiquement en néo-français) par "é" et "è".
– Le son "eu" de peu, feu, heureux, est noté ê. Ce dernier vocable s'écrit donc "êrê" : en 3 caractères au lieu de 7 : Ki di miê !
Concernant le "i", un pionnier fit remarquer que son point était inutile : à preuve que son ancêtre – le iota grec –, n'en porte pas ! Mais, tout compte fait, répliquai- je, "mettre les points sur les i, est sans doute bien plus gobalement efficace que de supprimer le dit point, alors..."

Faut pas se noyer dans un verre d'ôô !
Bon, si vous trouvez une autre solution pour discriminer graphiquement ce liquide primordial de ses nombreux homophones, faites-moi signe ! Par contre, dans : Ô taŋ sûspaŋ toŋ vol ; Ôprè de ma bloŋd ; Ô lé bô jur ; ainsi que dans lesôlilès" cher à Pivot, un "ô" suffit. Alors que dans Là hô sûr la kolin, le "h" préfixé est obligatoire puisqu'il est aspiré.
Naturellement, le "o" non diacritisé se prononce ouvert, comme dans porte, obtenir, sotte (port, obtenir, sot)...
Incidemment, on note la perte informationnelle entre le féminin sot et le masculin ; ce dernier augmentant, de plus, le nombre d'homophones... Cela a traumatisé la SPC, qui comporte une majorité de non Francophones originels, très embarrassés par la multiplication des homonymes. En conséquence, elle a carrément décidé de figer ces vocables à leur prononciation la moins ambigüe. On dira donc, en néofrançais : Il fô ètr eŋ (u ûn) sot pur fèr le sô de la Mor et Ô le bel tapi ke vuala...
Ne vous effrayez pas de cette révolution (tranquille) : je parie gros que la chose restera ici-bas lettre morte de mon vivant – et du votre aussi, sans doute.

Le "u" et les "semi-voyelles"
Profitons de cette réforme pour s'aligner sur la communauté des langues utilisant l'alphabet latin : le "u" tout nu se dit "ou". Donc route, voûte, lavoir, s'écrivent rut, vut, lavuar.
En conséquence, sa prononciation française, par analogie avec "ê" et "ô", se notera par "û". Ainsi, figure, huit et puis, s'écrivent figûr, hûit, pûi... Et tant pis si les Germanophones utilisent dans ce cas le tréma : il s'agit de minimiser le nombre de signes diacritiques.
Note : Une solution encore plus cohérente consisterait à fermer les sons du "o" et du "u" par un accent aigu, comme pour le "é", mais ni le "ó" ni le "ú" n'existent sur le clavier francophone ordinaire.
Reste à considérer ce que les linguistes appellent les semi-voyelles. Je veux bien, mais rien de significatif ne permet de les distinguer des voyelles ordinaires ! Donc foin des phonèmes API figurés par "j", "w" et "ч". À leur place, on utilisera tout simplement, "i" (ou "y" pour le son mouillé), "u" et "û". Ainsi pied, paille, mouillé, fatwa, puis, s'écrivent : pié, pay, muyé, fatua, pûi.
Note : Ce dernier mot est prononcé "poui" par les Belges. Pour les remercier de l'intérêt qu'ils ont toujours apporté à notre langue, laissons-les donc écrire, en néofrançais,
pui : ça mange si peu de frites !

Les phonèmes dits nasals
Les voyelles nasalisées et le "n" ont partie liée. Or l'API figure ces premières en les surmontant du tilde (~). Il y a donc perte d'information étymologique. Exemple : plan (API : plã) et planifier (API : planifje). Il vaut donc mieux nasaliser le "n" au lieu de nasaliser la voyelle. Par quoi ? Par le symbole ŋ pardi, qui a la bonne fortune de rappeler tout à la fois ladite consonne et l'appendice nasal !
NB : Ce symbole – qu'il faut aller pêcher dans les caractères spéciaux – est aussi utilisé par l'API ; mais uniquement pour figurer la prononciation française du suffixe anglais "ing".
En conclusion, il y a cinq sons nasals en français, tels que dans les mots enfant, brun, brin, honte et camping ; qui s'écrivent respectivement : aŋfaŋ, breŋ, brèŋ, hoŋt é kaŋpiŋg ... Tout en sachant que certains Francophones, eussent-ils bu notre langue avec le lait maternel, ne distinguent guère le mot "brun" du mot "brin" ! Alors pitié pour les étrangers.

Généralités sur les consonnes
Rappelons que dans le parler actuel, les consonnes sont toutes brèves – comme dans la plupart des langues européennes d'ailleurs, à l'exception notable de l'italien, qui, sans cela, ne serait pas la langue, par excellence, du bel canto ! On n'écrira donc les doubles que dans les mots étrangers non francisés – et naturellement à la gloire d'Allaah le clémaŋ é mizérikordiê – qui n'est donc pas le même que celui des islamistes !
Les consonnes b, d, f, l, m, p, r, t, v, z ne posant pas de problème particulier, on passe aux restantes – non sans préciser que liberté totale est laissée quant à la prononciation du "r". En effet, il s'avère que, sans conteste, ce phonème grasseyé à la parisienne bat tous les records de difficulté pour un non francophone originel. Tolérons donc toutes ses variantes depuis la rocaille ariégeoise jusqu'à l'élision antillaise, en passant par le roulement arabo-africain et la "latéralisation" extrême-orientale.

Faut sauver le petit soldat "c" !
Une fois tout le monde d'accord pour supprimer l'ambivalence phonique du brave petit "c", je me suis battu pour le sauver d'une mort certaine en le figeant dans sa prononciation dure : n'a-t-il pa été illustré par Cæsar lui-même ! Ouais, me rétorqua-t-on, mais le "k" a été illustré encore davantage par Κλεοπατρα – plus précisément son nez, qui, au moins depuis Pascal, détermine les palinodies de l'Histoire.
Me connaissant, vous pensez bien que cet argument ne me laissa pas sans voix... Mais, in fine, c'est le grand Racine qui m'acheva avec son fameux alexandrin : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Le "c" à la place du "qu" montre là une certaine incongruité... Mais le "qu" lui-même finit par être également disqualifié par les pionniers. En effet, sa nudité – une fois son "u" superfétatoire supprimé – choqua les plus prudes... ce qui fit que, de guerre lasse, on s'accorda sur le vénérable "k".
— Très bien, commentai-je, sauf que si on applique strictement l'alphabétisation, le pronom démonstratif "ces" peut être pris pour le pronom possessif "ses"... Et cette gênante homonymie sévit aussi entre "ce" et "se", "ça" et "sa"... Alors, proposai-je, pourquoi ne pas demander à notre serviable petit "c" de continuer à siffler avec sa cédille afin de lever les dites ambigüités ?
Adjugé vendu, et nous trinquâmes au ponche et à la gloire de Racine et de son néo-alexandrin "Pur ki soŋ çé sèrpaŋ ki sifl sûr vô tèèt ?".
— Par esprit de continuité – repris-je, dès les libations terminées (les pionniers et moi-même sommes des gens convivials mais "bouleau d'abord") – pourquoi, à l'exemple de l'espéranto, ne pas attacher à cette lettre le son "ts", ainsi que le son "tch", en la circonflexant ?
La chose passa comme un courriel sur le Net (pardon, le Rézô)... et, dans la foulée, on adopta aussi le "ŝ" espérantiste pour le son "ch"... Ce qui nous amena à retrinquer – à la gloire de Zamenhoff, cette fois.
Bon, vous me direz que le son "tsé" est sacrément rare en français : difficile d'y trouver plus que le néo-tsar Poutine (néocar Putin et la mouche tsé-tsé (muŝ cécé)... desquels, par ailleurs, on voudrait bien se débarrasser ! Mais, avec le "ĉ", on sauve la mise, car la tchatche (ĉaĉ) bien de chez nous remplace avantageusement le chat framglais.
Note : Si le "ç" se trouve sur tous les claviers francophones, il faut aller chercher le "ĉ" et le "ŝ" sur le clavier virtuel de l'espéranto ou les caractères spéciaux du logiciel de traitement de texte.
— Fort bien, mais que faire du "q" ? demandai-je.
— Tant de littéreux(ses), s'occupent des affaires de "q", qu'on n'a certes pas besoin de toi pour la chose ! me fut-il répondû...
[Rié de boŋ ker ; sûrtu vu, kaŋkr an'arkéortograf... ki, bièŋtô, alé mètrizé parfètmaŋ la néortograf !]
Quant à la lettre en question, réservons-la à la transcription du "qaf" arabe – même si, à mon grand regret, celà puisse faire plaisir à un certain Qaradaoui, qui, dit-on, c'est ignominieusement illustré en "fatualisant" le professeur Redeker.

Les problèmes du "g", du "j", du "gn" et du "h"
Au "g", on interdit naturellement l'adoucissement devant les voyelles "e" et "i", où il est logiquement remplacé par le "j" – dont le mot "journal" en a mondialisé la prononciation française.
Concernant le digramme "gn" (araignée, châtaigne, etc.), rappelons que les Espagnols ont, il y a déjà bien longtemps, noté ce phonème par "ñ". Afin d'honorer leur témérité (par rapport aux Français) on fera de même, faute de trouver un "n" circoflexé quelque part ! On écrit donc : arèñé et ŝatèñ.
Pour ce qui est du "h", on ne le note que s'il est effectivement "aspiré". On écrit donc havr (pour havre), hidê (pour hideux), mais abi (pour habit), šaû (pour chahut)...
Par contre, à titre de respect pour le Tout-Puissant (fût-il un artéfact), on laissera à Allaah son h final – même si les Francophones non arabophones ne sont guère en mesure de le prononcer !

Cas de "w", "x", "y" et des digrammes "dj" et "dz"
Dans les mots français ou francisés, on transcrit "w" et "x" tels que réellement prononcés.
Ainsi, wagon et week-end s'écrivent vagoŋ et uikènd ; exact et oxygène s'écrivent ègzakt et oksijèn.
Quant au "y",on a déjà vu qu'il était tout désigné pour figurer le son mouillé tel que dans bouillir buyir et payer pèyé.
Ces deux digrammes ne sont utilisés que pour quelques vocables étrangers tels que djellaba ou Dzoungarie. Cela ne justifie donc pas de symboles spécifiques pour les noter.

Transcription des lettres grecques "θ", "τ", "φ", "υ", "ρ", "χ"
L'italien et l'espagnol ont procédé depuis des siècles à leur simplification en les assimilant entièrement à des lettres latines.
En néofrançais, on applique évidemment le même principe phonétique : ainsi, le théta (θ) et le tau (τ) sont transcrits par t ; le phi (φ) par f ; le upsilon (υ) par i ; le rhô (ρ) par r ; le khi (χ) par k ou ŝ, suivant la prononciation.
On écrit donc : téatr, farmasi, trisikl, rétorik, arkéoloji, arŝitektûr).
La norme réserve cependant quelques surprises. En particulier l'homonymie totale entre éthique et étique (étik) ! C'est un peu gênant sémantiquement parlant, mais non philosophiquement : qui contesterait que de nos jours, l'éthique est de plus en plus étique – surtout dans le monde politique ! Par ailleurs, sachant que le second terme ne manque pas de synomymes : maigre (mègr), cachectique (kaŝèktik), décharné (déŝarné), desséché (déséŝé), squelettique (skelètik)... la chose me paraît vivable.

Autres particularités orthographiques
– Je propose de figurer la liaison euphonique entre deux mots en concaténant la consonne en question au premier et en la séparant de second par une apostrophe. Cette solution me paraît préférable à celles proposées jusqu'ici, dans la mesure où l'ensemble est prononcé d'un seul trait :
Ainsi on écrit : aloŋz'aŋfaŋ (allons enfants) et eŋ bon'élèv (un bon élève), mais vuala eŋ boŋ ŝièŋ (voilà un bon chien).
– Les mots communs composés (avec ou sans tiret) ayant une signification par eux mêmes, sont purement et simplement concaténés : c'est-à-dire s'écrit donc sètadir ; tout à fait, tutafè ; aujourd'hui, ôjurdûi ; va-t-en-guerre, vataŋgèr.
NB : Cela n'est évidemment pas applicable aux noms propres et aux mots étrangers non francisés.

Problème général des mots homophones
– Il n'y a pas de solution miracle. J'ai déjà traité ci-dessus les cas particuliers de ô, oh, au, haut et eau ; ainsi que de ce(s) et se(s)...
– J'en propose un autre pour les homophones suivants : chair (viande), chaire (fauteuil), cher/chère (coûteux/coûteuse), cher/chère (aimé/aimée) et(bonne) chère. Les deux premiers, tout à fait discriminables par le contexte, s'écriraient ŝèèr. Les deux adjectifs se discriminent déjà fort bien en français académique ; donc on les notera identiquement ŝèr ; sachant qu'en néofrançais ils restent invariables en genre et nombre. Et pour le dernier, je proposerai ŝèèèr – le surallongement soulignant la grande satisfaction du fin gourmet... Et à titre jouissif, voici un condensé mnémotechnique de la chose : "Dû hô de sa ŝèèr, nôtr ŝèr Bèrnar Pivô, prétaŋ k'oŋ pê fèr bon ŝèèèr avèk le sôlilès, bièŋ ke ça sua la parti la muèŋ ŝèr de la ŝèèr dû pulè !"
– Autre méthode : comme en français académique, par un signe diacritique sans rôle phonétique. Examples : Il a dû kûlô pur alé à la ŝas par eŋ taŋ parèy ; Tû pê alé ù tû vë : ô travay u à la mèzoŋ !
Mais cette méthode doit rester exceptionnelle, car elle est contraire au principe alphabétique.

Autres simplifications et rationalisations
– On peut supprimer la redondance de négation : je vè paz'ô marŝé ôjurdûi.
Naturellement, les expressions populaires ont droit de cité dans la république néofrançaise des lettres. Par ègzaŋpl : I fô pa fèr d'konri ; Ki ç'è sûi là ? ; Kèl er il è ? ; On'a pa bezuèŋ d'tua !
– Les substantifs et adjectifs restent invariables en nombre : Ainsi on dit et écrit : eŋ ŝeval, dé ŝeval ; eŋ vitray, dé vitray ; en'akt légal, déz'akt légal ; eŋ jûjmaŋ parsial, dé jûjman parsial...
De même il est temps que œufs et bœufs restent, tu sèŋplemaŋ, déz'ef é dé bef !
– Les temps verbaux tombés en désuétude (passé antérieur de l'indicatif, imparfait et plus que parfait du subjonctif, passé antérieur du conditionnel, passé de l'impératif) sont supprimés et remplacés par le présent des mêmes modes, quitte à ce que cela me vaille une grande popularité chez les cancres !
NB : En français parlé, le passé simple a pratiquement disparu. Mais dans l'écrit il peut être encore utile.
– Les nombres, qu'ils soient cardinals ou ordinals seront systématiquement figurés par les chiffres arabes. On distinguera ces derniers en les suffixant par "e".
Exemple : Oŋ ubli suvaŋ ke Lui 14 a réñé jûsk'ô débû dû 18e sièkl.
Note : Au sujet des nombres, il est toujours bon de rappeler à ceux de nos compatriotes qui fanfaronnent sur l'"universalisme révolutionnaire français", l'incongruité médiévale de notre numérotion, avec ses soixante-dix (pour septante), quatre-vingt (pour octante) et quatre-vint-dix (pour nonante) !

Néologismes et vocables étrangers
Le néofrançais est naturellement favorable aux néologismes, surtout s'ils s'inscrivent dans la logique de la langue.
En particulier, les vocables et autres expressions francophones extra-exagonales sont accueillis sans réserves. À ce propos, je rappelle que nous Métropolitains devrions avoir honte de notre servilité vis-à-vis de l'invasion lexicale anglo-américaine. En effet, alors qu'on s'escrime à tordr dû kû pur ŝié tu drua – kom dirè Djéha-le-sèŋl – pur (mal) pronoŋsé shopping et email, oŋ ignore sûpèrbemaŋ lé néolojism kébèkua korèspoŋdaŋ, sètadir magaziné é kurièl... Dayer, eŋ boŋ Fraŋkofon ne devrè jamè ûtilizé dé tèrm kom challenge à tu bu de ŝaŋ, mè défi, èksplua, gajer, koŋpétisioŋ, etc. Kaŋt'à challenger (koŋpétiter, rival) et autre trader (opérater finaŋsié), inûtil de dir k'il n'ègzisteroŋ pa daŋ le moŋd èkstratèrèstr, ù, par la fors dé ŝôz, l'ékonomi de sûbsistans sera de riger...
Mè lé pionié ne soŋ pa rasist é tolèreroŋ le dézormè popûlèr "uikènd", tut'aŋ promuvaŋ le fèŋdsmèn kébékua !


Noms propres français et étrangers
Les noms propres de la Francophonie sont, autant que possible, transcrits en graphie néofrançaise
Ainsi, Jean Durand devient Jaŋ Dûraŋ ; Brigitte Bardot devient Brijit Bardô ; Mahomet devient Maomè (lûi, ç'è pa kom Allaah, il mérit pa soŋ h !) ; Jésus Christ devient Jézûkrist...
Note : Et non Jézûkri, sinon on introduit une regrettable ambigüité : le Nazaréen n'a pa crié sur sa croix, mais seulement murmuré : << Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ! >>. Bonne question, soit dit en passant... à laquelle les dévots se sont bien gardés de donner une réponse rationnelle !
Néanmoins, il me paraît judicieux que les personnages "étrangers" gardent leurs noms d'origine – la prononciation correspondante étant transcrite, entre parenthèses, avec figuration de l'accent tonique. On écrit donc Michelangelo Buonarroti (Mikèlandjèlo Buonarroti) ou simplement Mikèlaŋj. De même, Amadeus Mozart (Amadèus Modzart), k'oŋ pê tujur aplé le divèŋ Mozar, kit à raŋdr jalu Allaah akbar !

ANNEXE 1.1 : Principales différences avec la réforme de Mario Périard (Norme "ortograf")
D'une façon générale, celle-ci est nettement plus limitée par rapport à la réforme NNF :
– Les digrammes suivants subsistent à l'identique : ch, eu, gn, ou. Ce qui est évidemment contraire à l'alphabétisme !
– De même, les sons nasals sont notés, comme en français académique, à l'aide de la lettre n !
– Aucune distinction entre voyelles brèves et longues. M. Pérard ignore ce problème, car il propose les graphies suivantes : mètr pour mètre (NNF : mètr), mêtr pour mettre (NNF : mètr), mëtr pour maître (NNF : mèètr) – et cela dans un but de discrimination homonymique. Mais le résultat est d'autant plus confus que c'est l'accent circonflexe (et non le tréma) qui, en français académique, allonge les voyelles...
– La norme "ortograf" ne fait pas non plus de distinction graphique entre les sons ouvert et fermé du "o" ! Alors que pendant mon passage (avec Aziza, les Advus et mes fistons) au Québec en 95, nous n'avons pas souvenir d'avoir entendu un "o" québécois monophone.
– L'utilisation ambivalente du "k" ou du "q" ainsi que du "i" et du "y" ; la facultativité du "e" muet, sinon la permission de marquer le pluriel des substantifs par un "x" terminal non prononcé ; tout cela me semble aller à l'encontre du but poursuivi.

ANNEXE 1.2 : Principales différences avec la réforme de Louis Rougnon-Glasson (Norme AFF)
Cet auteur se présente comme un gaucho-révolutionnaire. En effet, selon lui, la graphie académique est utilisée par les classes dominantes comme moyen de discrimination sociale et il suffirait de la réformer pour que les étudiants issus des classes pauvres réussissent leurs études !
Les innombrables exemples de gens d'origine modeste, ayant brillamment réussi dans des domaines fort intellectuels, démontrent la faiblesse de cette analyse sociale – qui me paraît faussée par l'idéologie pseudo-marxiste.
En effet, si l'on ne peut nier le conservatisme du mandarinat français, cela ne suffit pas à expliquer la fracture sociale dans notre pays. À mon avis, elle découle d'abord du différentiel économique et culturel qui se creuse entre les classes moyennes et les "smicards" et autres "RMIstes". Sans parler des immigrés qui s'entassent dans des ghettos communautaristes – où, pour le plus grand profit des imams, l'ignorance tiers-mondiale perdure... Mais ce n'est pas ici le lieu de polémiquer sur ce thème ; reportez-vous aux Chroniques dans lesquelles il est largement évoqué sous ses nombreuses facettes.
J'en profite cependant pour rappeler combien le conservatisme, y compris dans le domaine culturel, est largement partagé dans toutes les classes sociales. Pour prendre un exemple banal, ceux qui fréquentent les marchés populaires savent qu'il n'y a pas si longtemps, le terme de "livre" était souvent utilisé pour le demi-kilo – 200 ans après sa suppression par la Convention, et bien qu'il constituât une homophonie ! De même, tous les écrivains (progressistes ou non) employaient-ils couramment les unités de mesure prérévolutionnaires au moins jusqu'à la fin du 19e siècle !
En conclusion, la norme AFF est presque aussi timorée que la norme "ortograf", car elle garde pratiquement tous les digrammes et trigrammes du français académique – qui totalisent un nombre significatif de caractères superfétatoires... Cela, additionné à sa proposition de relier les lettres des dits multigrammes par des tirets manuels, me paraît largement suffisant pour handicaper une réforme qui se veut immédiatement applicable.

ANÈKS 2.1 : Premièr paj dû LPK aŋ néofraŋsè
"Ô pèy dû surir"
<< Ç'étè ô tu débû de l'été 59 – l'ané de mé 18 aŋ. Je venè de fété moŋ brevè de tèknisièŋ aŋ traŋsmision kaŋ je resû la fey de rut... ô graŋ dézèspuar de ma mèr, ki èspérè ûn réform à kôz de ma léjèr klôdikasioŋ.
J'avè devaŋsé l'apèl avèk la koŋplisité dû patèrnèl, ki, lûi, savè ke je ne puvè prétaŋdr débuté daŋz'eŋ post de travay èŋtérèsaŋ avaŋ l'akoŋplismaŋ dû sèrvis militèr. É pûi il koŋtè sûr le pistoŋ d'eŋ sèrtèŋ Ŝaŋbar, aŋsièŋ ŝef de maki, k'il avè ravitayé daŋ la moŋtañ aŋ 43-44, é ki étè devenû par la sûit komaŋdaŋ d'eŋ réjimaŋ de Ŝaser Alpèŋ an'Aljéri.
J'étè doŋk plûtô rasûré é èspérè ûn plaŋk (dépanaj d'aparèy radiô-élèktrik, gratpapié...) ; d'ôtaŋ plû ke, daŋ ma lètr de motivasioŋ, j'avè maŋsioné, sûr l'èŋsistaŋs de ma mèr, le fèt ke « dam natûr avè léjèrmaŋ disimétrizé la loŋger de mé 2 jaŋb ».
Il me falû sepaŋdaŋ trimé ô kaŋ de Satonè paŋdaŋ lé 3 mua de "klas". Pûi çe fû le graŋ dépar : je n'avè jamè vû la mèr ôtremaŋ k'ô sinéma !
Mamaŋ, çe jur là, saŝaŋ ke je koŋpaŋsè moŋ haŋdikap par ûn solèt, èl avè plasé çèl-çi daŋ l'ôtr ŝôsûr, pur m'oblijé à buaté vrèmaŋ ! Mè mon'amur propr û le desû é, daŋ le trèŋ de Marsèy, je replasé la solèt dû boŋ koté.

Ç'èt'èŋsi ke je débarké à Aljé, eŋ jur de jûiyè, ŝô é aŋsolèyé à suè.
Kom koŋvenû, 2 Ŝaser Alpèŋ, aŋ tart règlemaŋtèr, m'ataŋdè sûr le kè :
— Ç'è tua le blê pistoné ? M'èŋtèrpela d'ûn vua fort le peti à mustaŝ, ki avè dû me rekonètr de luèŋ à moŋ bérè bask porté à la ŝamoniard, èŋsi k'à mon'èr èŋkiè.
— J'm'apèl Advûs, Lûsièŋ Advûs, é sûi koŋvoké ŝé le kolonèl Ŝaŋbar, répoŋdi-j avèk modesti – bièŋ koŋsiaŋ de fèr blaŋbèk à kôté de çé 2 sûpèrbroŋzé !
— Oŋ l'sè ; mè l'koloŋ nuz'a pa di k'il rekrûtè sé mèk ô bèrsô, rigola le mustaŝû.
— Bièŋv'nû kaŋmèm ! Koŋpléta le graŋ à lûnèt, avèk eŋ vag salû militèr.
Pûiz'il me pri ma grôs valiz, me lèsaŋ porté mé 2 sak, égalmaŋ buré par mamaŋ de vètmaŋ, vivr, etc. Nuz'alam èŋsi, présédé dû peti – ki devèt'ètr le ŝèf – jûsk'à la vuatûr de servis... Nu kitam la graŋd vil par la vua ke je frékaŋterè par la sûit mèŋt fua : la popûlèr "rut mutonièr", ki reli Aljé à la parti oriaŋtal dû pèy.
Lé 2 bidas me ploŋjèr ôsi sèk daŋ l'bèŋ :
— T'sè ù nuz'aloŋ ? Kèstiona le peti, ki s'étèt'asi dèrièr, à koté de mua.
— À Vil kèk-ŝôz... Répoŋdi-j aŋ ŝèrŝaŋ la kart Miŝlèŋ daŋ mon sak de vuayaj.
— À Ménèrvil... Ç'è k'à ûn demi-er, mè ç'è déjà l'pèy dû surir kabil !
— Hê, ç'è kua l'surir kabil ? Demaŋdé-j, alor ke je konèsè l'èksprèsioŋ.
— L'masakr de Palestrô, ça t'di rièŋ ? Hé bé, ta kûltûr rest à fèr !
— Tû va l'démoralizé avaŋ l'er ! Se hazarda à komaŋté le graŋ.
— Tua, tè-tua é ŝuf la rut ; ç'è sa premièr séaŋs d'èŋstrûksioŋ militèr. >>

ANÈKS 2.2 : Dèrnièr paj dû LPK

<< Lé fistoŋ s'aktivèr à la préparasioŋ du petidéjêné, taŋdike lé fôz'épu Raŋjtu é ma pom fèzioŋ nô bagaj.
Ô kur de çe dèrnié é brèf repa pri aŋ komeŋ, Jûl me parla de sé projè imédiat :
— Je vè d'abor onoré l'èŋvitasioŋ d'Aziza, paŋdaŋ kèlk mua. Pûi, lèsaŋ Al é Bèr se débruyé daŋ le Pasifik, je returnerè sel lahô pur prézaŋté ô Kosmoŋ eŋ rapor sûr l'éŝèk de l'opérasioŋ Koŋtakt-Hûmanité-Kosmonité (KHK) é, malgré tu, plèdé aŋ faver dû Projè Klipèrton... Aprè, je koŋt bièŋ revenir isiba pour savuré ûn retrèt ke j'èstim mérité...
Vèŋ l'er de séparasioŋ. Tus,lé 10 maŋbr de l'ékipaj kosmoŋ plûs nu 5, aŋgoŋsé daŋ nô koŋbi total rèspèktiv é tasé daŋ la petit piès de raŋdévu, nu nu donam l'akolad d'adiê. Ma sel krèŋt fû d'aŋ salué sèrtèŋ plû d'ûn fua, é d'ôtr pa dû tu, kar, koŋtrèrmaŋ ô Dutreriv, je n'aŋ diféraŋsiè ke kèlkz'eŋ déz'ÈT : çê ki portè dé tiñas monokolor bièv idaŋtifiabl ! Êrêzmaŋ, Jûl nu lé prézaŋta èŋdividûèlmaŋ...
Pûi, aprèz'avuar aŋdosé paŋtaloŋ é bluzoŋ saŋblabl à çê ke lé Dutreriv portè à ler dabarkmaŋ, nuz'alam tus lé 5 devaŋ l'ékutiy sûpérier déja uvèrt sûr la mèr. É là, su l'ey dû reprézaŋtaŋ de l'ékipaj, ki parèsè plû roŋ é plûz'umid ke d'abitûd dèrièr soŋ hôm (eŋ reflè saŋ dut, kar l'émotivité n'è pa la vèrtû majer dé Kosmoŋ),nu lé 3 sénior, déklamam ankor ûn fua nôtr viê kri de ralimaŋ : "Ibn, Ibn, Ibn, Khalduun ! — pusé à bu, sepaŋdaŋ k'Al é Bèr mètè le kanô à l'ôô... Sûivir mé ŝalêrêz aŋbrasad avèk Aziza é Jûl, ki, ê, alè débarké sûr la kôt kabil.
Lé fistoŋ me koŋvuayèr jûsk'à la jeté de la Madrag. Malgré le taŋ buŝé é le kraŝèŋ glasial,la bon'ûmer réña dûraŋ le trajè. Al é Bèr me reparlèr aŋ détay de ler projè de Sosiété dû Projè Klipèrton, rasaŋblaŋ — sûr ûn îl izolé — dé voloŋtèr pur la kréasioŋ d'ûn koloni èkstratèrèstr graas à l'èd dé Kosmoŋ... Nu nu promim évidamaŋ de resté aŋ koŋtakt via le Rézô.
Je me retruvé doŋk sûr l'avenû dû mèm noŋ vèr 8 er lokal. Ûn petit demier de marŝ plû tar (ki me réŝofa agréablemaŋ), je kruazé eŋ providaŋsièl taksi, lekèl me véikûla à la gar Sèŋ Ŝarl, ù, aŋ ataŋdaŋ le dépar dû trèŋ pur Briaŋsoŋ, je téléfoné à ma mi :
— Revenû sèŋ é sôf ! moŋ Diê, çè trô de baraka : je ne te lèsrè plû repartir ! s'ékriat'èl, ôsi émû k'ûn jen épuz.
Aŋ fèŋ d'aprèmidi de çe jêdi 2 févrié 1995, je débarké daŋ ma bon vil (tut frigorifié su la nèj), furbû mèz'êrê... Soŋjaŋ (kom le poèt), ke j'avèz'aki plû "d'ûzaj é de rèzoŋ" k'il n'aŋ falè pur vivr êrê le restav de mé jur !

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Le Projet Clipperton

| Roman |

1977, quinze ans après l’Indépendance algérienne, Lucien Advius Uriarte, ancien militaire envoyé dans l’Est algérois, retrouve Aziza, ex-Zazie, devenue, aux lendemains du conflit, femme de préfet. La raison de ces retrouvailles: on aurait retrouvé les corps de deux anciens camarades de Lucien, ceux de JDR et de Vito, officiellement disparus en montagne à cause du brouillard, officieusement morts durant un essai atomique dans le désert… Une version que l’ancien soldat n’a jamais ébruitée, d’autant plus que ses activités professionnelles spécialisées dans les radiotransmissions ont eu l’heur de le mettre en contact avec le fameux JDR, accessoirement sauvé par des extraterrestres et, beaucoup plus prosaïquement, détenteur de secrets scientifiques…

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